Opinions "Plus jamais ça !", clamait-on lors de la création de la Société des Nations (SDN), ancêtre de l’Onu. Mais les germes de ce qui conduira au deuxième conflit mondial étaient en place. Aujourd’hui, apprenons du passé. 
Une opinion de Jean-Pol Baras, ancien secrétaire général du Parti socialiste belge puis délégué général de la Fédération Wallonie-Bruxelles à Paris. Auteur et essayiste. Dernier titre paru : “En lisant le Nouvel Obs” (Genèse, 2015).

Centenaire oblige, les quatre années qui nous précèdent furent l’occasion de se remémorer l’absurdité de la guerre à travers les drames que connurent tous ces poilus qui allaient se faire trouer la peau ou, au mieux, revenir en leur foyer invalides, rescapés des tranchées. En apothéose, les commémorations de novembre couronnèrent l’hommage.

Il y a deux manières d’analyser un conflit armé : soit en se penchant sur le déroulement des hostilités, les mouvements de troupes, la stratégie des combattants, soit en observant les causes (l’avant) et en disséquant les conséquences (l’après).

La guerre de 14-18 est une période de l’Histoire qui se prête très bien à cette manière d’étudier les cadres événementiels qui l’entourent. Pour ce qui concerne l’avant, depuis le dimanche rouge de Saint-Pétersbourg (22 janvier 1905) jusqu’à l’assassinat de Jean Jaurès (31 juillet 1914), bien des faits pourraient aujourd’hui être mentionnés comme alertes. Ils l’ont du reste souvent été.

Quant à l’après, nous y sommes, et à distance d’un siècle, cette année 2019 n’est pas avare de rendez-vous à méditer.

En effet, en 1919, la marche du monde est bancale sur tous les continents consécutivement aux quatre années infernales qui viennent de s’écouler. C’est évidemment toujours en Europe que le destin vacillera. Le 18 janvier, au Quai d’Orsay à Paris, les vainqueurs se réunissent en une Conférence de la Paix que présidera Georges Clemenceau et qui préfigurera le fameux traité de Versailles, signé entre la France et ses alliés d’une part, et l’Allemagne d’autre part, le 28 juin.

Adolf Hitler a 30 ans. Il est resté au grade de caporal dans l’armée allemande défaite. Comme le pays est secoué par la montée des forces de gauche dans la foulée de la Révolution russe (Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht ont été assassinés le 15 janvier par la garde montée…), Hitler est chargé de la propagande anticommuniste en Bavière. C’est dans les bistrots de Munich, au cours de petites assemblées, qu’il se découvre un talent d’orateur et des sentiments antisémites. Efficace, il sera chargé de surveiller un groupuscule ultranationaliste, le parti ouvrier allemand. Un an plus tard, il le dirigera et il en modifiera le nom. Ce sera le parti national-socialiste.

Tous les germes de ce qui conduira au deuxième conflit mondial sont dès lors en place. Et pourtant, les protagonistes avaient déjà veillé à bâtir une Institution mondiale qui fortifierait le "plus jamais ça !" Du traité de Versailles naîtrait en effet la Société des Nations (SDN), ancêtre de l’Onu, dans laquelle la Belgique jouerait un rôle majeur, représentée par Henri La Fontaine, sénateur socialiste, grand humaniste, franc-maçon et féministe avant la lettre, qui avait reçu le prix Nobel de la paix en 1913 et dont la Fondation éponyme s’efforce de mieux faire connaître la personnalité de nos jours.

Le pire était pourtant à venir.

L’évocation du passé n’a de sens et d’intérêt que si l’observation se reflète dans le présent afin, si possible, d’anticiper l’avenir. À tant faire que de le revisiter, à distance d’un centenaire, autant s’y livrer au cours de ce premier trimestre. Car ensuite, on entrera dans un débat touchant au renouvellement du Parlement européen, et les leçons d’hier seront bien utiles pour analyser le présent et fixer des choix.

La démocratie est un bien précieux et fragile. Grâce à elle, le Parlement rétribuera des élues et des élus dont l’objectif avoué est de le détruire de l’intérieur (c’est même sur ce projet qu’ils auront récolté des suffrages). Convenons que c’est tout à l’honneur de la démocratie mais mesurons-en toutefois les risques. Faisons en sorte que ces apprentis-fossoyeurs soient les moins nombreux possible.

"Retournons au passé, ce sera un progrès", conseillait Giuseppe Verdi. C’est le mot d’ordre de l’époque.