Une opinion de Nicolas Goubau, lecteur de La Libre.

La piste de ski "Ice Mountain" de Comines, fermée depuis un mois et demi, continue à fabriquer de la neige. Son patron, Stephan Fievez, a expliqué (RTBF, 28 avril et 4 mai 2020) que cela est nécessaire car sinon il faudrait un an pour reconstituer une neige de qualité. Maintenir cette neige nécessite énormément d’énergie et les 265 panneaux solaires n’y suffisent pas. Il faudrait en plus installer deux éoliennes mais le permis d’installation n’a pas été accordé, au grand dam de la société "Ice Mountain" dont le patron précise : "On regarde à l’aspect écologique, énormément" et ajoute que les 5000 euros d’aide octroyés ne suffisent pas à combler les pertes en raison de la facture énergétique.

Il ne suffit pas que l’énergie consommée soit de source renouvelable. Il faut aussi qu’elle ne soit pas gaspillée. Quelle que soit l’origine de l’énergie consommée, chaque kilowatt d’énergie renouvelable produit doit servir à supprimer un kilowatt d’énergie non renouvelable et non à permettre un gaspillage, car chaque nouvelle éolienne n’est utile que si sa production couvre des besoins utiles. Le monde entier s’est offusqué à juste titre des stades de football à l’air conditionné dans les pays du Golf au climat naturellement inadéquat pour un tournoi de football. Il n’y a aucune raison de ne pas s’offusquer, pour des motifs objectivement identiques, des pistes de neige artificielle extrêmement énergivores dans les pays au climat naturellement inadéquat pour le ski sur neige.

Pourquoi je pleure

Idéfix, le chien d’Astérix, pleure chaque fois que les Romains abattent un arbre dans la forêt. Moi je pleure lorsque je vois qu’en 2020 on continue à exploiter en Belgique des pistes de skis qui nécessitent énormément d’énergie. Et lorsqu’en plus, ce faisant, on prétend "regarder à l’aspect écologique, énormément", j’ai envie de mordre.

Des voix se sont élevées pour conditionner les aides octroyées aux entreprises dans le sillage de la crise du coronavirus à des exigences environnementales, entre autres.

Appliqué aux pistes de neige artificielle en Belgique, ce même principe devrait, en toute logique, conduire à octroyer une aide publique, non pas pour permettre la poursuite de l’activité ou la plantation d’éoliennes inutiles en l’espèce, mais pour permettre un démantèlement socialement et économiquement en douceur en vue d’accompagner une transition vers une autre activité et d’autres emplois qui, pour reprendre les propos de Ice Mountain, "regardent l’aspect écologique, énormément".

La philosophe Cynthia Fleury estime qu’ "après la crise du coronavirus, il faudra combattre ceux qui vous diront qu’il faudra continuer comme avant". Le combat s’annonce déjà. Les aides publiques colossales qui seront nécessaires après la crise doivent servir à bâtir demain, pas à faire revivre hier.

Le déconfinement signifie la reprise des activités sociales, culturelles et économiques à commencer par celles qui sont considérées comme étant "essentielles". Si, en plus, le déconfinement pouvait être l’occasion de la remise en question de la relance d’activités pas du tout essentielles et nuisibles pour la Terre, ce sera un petit pas en arrière pour certains mais un grand pas en avant pour l’Humanité.

Titre de la rédaction. Titre original : "Il faudra combattre ceux qui vous diront qu’il faudra continuer comme avant".