Une carte blanche de Celine Boulenger, PhD, Macroeconomic Research chez Degroof Petercam.

En 2020, environ 90% de la nouvelle capacité de génération d’électricité créée dans le monde venait des énergies renouvelables. Certains parlent même d’une année décisive en matière d’énergie renouvelable et d’infrastructure durable, cela malgré la pandémie et la crise économique. En Espagne, la quantité d’électricité générée par les fermes de panneaux solaires a augmenté de 60% l’année passée. Et dans la première moitié de 2020, environ 40% de l’électricité produite venaient des énergies renouvelables. Aux Etats-Unis, les installations de panneaux solaires ont atteint des records dans les 9 premiers mois de l’année. De plus, les technologies vertes ont bénéficié d’un appétit impressionnant des investisseurs. L’action Tesla, par exemple, a connu une augmentation exponentielle de sa valeur, cela, en pleine année de crise économique globale.

La relance économique continue

Pourtant, nous savons que la pandémie et les mesures de confinement ont handicapé le développement des énergies renouvelables. En effet, de nombreux investissements ont été retardés ou annulés. Cela veut dire que 2021 devrait offrir encore plus d’opportunités pour les énergies renouvelables. Avec l’arrivée du vaccin, on sait que la relance économique va continuer dans les mois à venir tant dans les pays développés que les pays émergents. Cela permettra d’avantage d’investissements tant publics que privés dans les technologies de demain, dont les énergies renouvelables. D’autant plus que la crise sanitaire nous a prouvé qu’en situation d’urgence, et dans un environnement de taux d’intérêts au plus bas, les gouvernements et les banques centrales sont capables de libérer des montants astronomiques pour financer la relance économique. La pandémie nous montre qu’il ne faut pas craindre l’endettement public quand la santé de nos populations, de l’environnement et de nos économies est en jeu. On sait que le changement climatique, tout comme la pandémie, menace nos systèmes économiques, et que des mesures drastiques doivent être mises en place pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, c’est-à-dire limiter l’augmentation de la température moyenne globale à 1,5C.

Nouvelles politiques en Chine et aux Etats-Unis

De plus, les changements de bords tant du côté des chinois que des américains apportent une certaine dose d’espoir par rapport à leur implication dans la transition écologique. Du côté des Etats-Unis, l’arrivée de Joe Biden à la présidence ainsi que la majorité (même si infime) des démocrates tant à la chambre qu’au sénat, sont de très bonnes nouvelles. Joe Biden a déjà lancé le processus pour réintégrer l’Accord de Paris, et son Plan Vert de 2000 milliards de dollars est extrêmement ambitieux et, s’il arrive à le mettre en place, pourrait changer la donne. De l’autre côté du pacifique, Xi Jinping a annoncé récemment que la Chine atteindrait la neutralité carbone d’ici 2060, une nouvelle qui en a étonné plus d’un puisqu’elle continue à construire de nouvelles centrales à charbon chaque année. Toutefois, certains changements montrent que le gouvernement de Xi Jinping est prêt à prendre la transition écologique au sérieux. Par exemple, les subsides pour les énergies renouvelables vont augmenter de 5% en 2021. De plus, pour la première fois, les énergies renouvelables ont représenté la majorité des investissements dans le secteur de l’énergie dans le cadre de leur nouvelle route de la Soie.

Coûts au plus bas

Un autre développement majeur qui va bénéficier à la transition vers les énergies renouvelables est tout simplement la baisse des coûts de celles-ci. Jamais les énergies vertes n’ont été aussi abordables. Certaines formes d’énergies solaires sont aujourd’hui moins chères que les énergies fossiles. De plus, les prix des systèmes de stockages d’énergie ont chuté de 90% en 10 ans, ce qui augmente l’attractivité des énergies renouvelables.

Neutralité carbone gagne de l’élan

L’annonce de Xi Jinping fait partie d’un élan global pour la neutralité carbone. De nombreuses nations polluantes comme le Japon, la Corée du Sud, et le Royaume Uni ont également choisi de fixer une date pour atteindre celle-ci. L’Agence Internationale de l’Energie s’attend à ce que d’autres nations majeures suivent l’exemple, telles l’Inde et les États-Unis. Cependant, ces annonces doivent absolument être suivies par des actions concrètes dans les mois et années à venir car pour espérer atteindre les objectifs de l’Accord de Paris il faut que les émissions mondiales diminuent de 8% chaque année. En 2020, les émissions ont pour la première fois chuté de manière significative, mais malheureusement cette réduction fut accompagnée d’un coût humain et économique tragique. Pour que cette réduction des émissions continue, les investissements publics et privés doivent absolument se concentrer sur l’arrêt total de l’utilisation des énergies fossiles en privilégiant les énergies renouvelables.

Même s’il existe des raisons d’être optimiste, il faut bien sûr les nuancer. La pandémie n’a malheureusement pas mener à la "relance verte" que de nombreux experts et citoyens espéraient, en effet plus de la moitié des investissements publics dans le secteur de l’énergie faisant partie des plans de relance des pays du G20 concernait les énergies fossiles. Il faudra attendre la COP26 en novembre pour espérer que chaque pays se fixe des objectifs concrets et ambitieux pour les années à venir. Le secteur de l’énergie est celui qui contribue le plus aux émissions de gaz à effets de serre, et il est donc crucial de le révolutionner. Et cette révolution doit commencer dès demain, car la menace du changement climatique n’a pas disparu avec la pandémie, au contraire elle n’a jamais été aussi présente puisque 2020 a connu un nouveau record en termes de températures, mais aussi une augmentation de la déforestation dans de nombreux pays émergents, et une mise en retrait de l’urgence climatique puisque tous les yeux étaient rivés sur la pandémie et ses conséquences. Il est temps de remettre la transition écologique sous les projecteurs, et cela commence par investir dans les énergies vertes.