Ces dernières semaines, de nombreuses prises de position contradictoires ont émergé sur les modalités à mettre en œuvre dans l’enseignement supérieur "post-Covid" : faut-il privilégier à tout prix un retour à l’école ? Ou au contraire continuer à tirer parti de l’expérience "à distance" en alternant séances en présentiel et en ligne ?

Plutôt que de louvoyer sur les moyens, redéfinissons d’abord une vision pour l’enseignement supérieur de demain, en s’interrogeant sur ses missions fondamentales, les modalités en découleront d’elles-mêmes.

Plus ça rate…

Tout d’abord, après six ans de décret Marcourt (le décret "Paysage", NdlR), une évaluation en profondeur de ce dernier ne serait sans doute pas superflue. Même s’il a permis de rendre les parcours des étudiants plus flexibles et de diminuer le taux d’abandon, il allonge globalement la durée des études en donnant l’insidieuse illusion aux étudiants de pouvoir repasser un examen une multitude de fois (les Shadoks diraient "Plus ça rate, plus on a de chances que ça marche") tout en complexifiant la réalisation des horaires et en réduisant la cohérence d’ensemble du programme (en particulier dans le cadre des formations où les projets sont prépondérants).

Visons le transversal

Ensuite, réfléchissons au contenu de notre enseignement, à quels types de professionnels (et citoyens…) nous voulons former et à comment rendre notre enseignement plus résilient au sens large avant d’ergoter sur les modalités ("digital" vs "pas digital"…). Actuellement, les cursus universitaires en FWB ne permettent pas suffisamment de faire prendre conscience aux étudiants de la dimension transversale des enjeux actuels : les facultés - et bien entendu les universités - ont encore fort tendance, dans un paradigme concurrentiel malsain, à la "jouer solo".

Pourtant, les principaux enjeux d’aujourd’hui et demain que sont la transition énergétique, la lutte contre le réchauffement climatique, l’intelligence artificielle/Big Data… sont autant d’opportunités de développer des projets transversaux innovants entre étudiants d’horizons intellectuels différents - et partant d’encourager leur goût pour la recherche et de "désacraliser" les relations étudiants chercheurs/profs.

À l’heure où la résilience et l’adaptabilité face aux risques sanitaires, écologiques et autres créent de l’incertitude et du doute sur la mobilité internationale et mettent en péril des activités de type "Erasmus", le moment est sans doute venu de renforcer considérablement la mobilité interne des étudiants, en facilitant les échanges entre facultés d’une même université et entre universités francophones autour des thématiques transversales mentionnées plus haut.

Ce n’est qu’après une profonde remise en question de nos projets académiques, y compris l’organisation du calendrier académique et "l’architecture" de nos cursus, que nous pourrons, à la marge, décider si telle ou telle activité justifie une présence physique ou au contraire bénéficierait des opportunités du numérique, mais ce n’est certainement pas la première interrogation que devrait soulever le bouleversement de l’organisation des cours de ce second quadrimestre…

Chapô et intertitres sont de la rédaction.