Une opinion de Guillaume Ryelandt, 21 ans, étudiant en ingénierie.

J’ai 21 ans et j’étudie dans une école d’ingénieur (EPFL). J’aimerais me spécialiser dans le domaine de la transition énergétique. Un débat que j’ai donc suivi avec beaucoup d’attention ces dernières années est celui du nucléaire. On nous martèle depuis des années qu’il faut sortir du nucléaire et passer le plus vite possible à l’éolien et au solaire afin de "décarboner" notre économie. On assiste bien souvent à une division entre les pro et les antinucléaires. Cependant, il est évident qu’il n’existe pas de solution miracle : le nucléaire produit des déchets très dangereux ( cf. article La Libre du 13 juin 2020), mais il serait naïf de croire que la construction, l’entretien et l’utilisation d’un panneau solaire ou d’une éolienne n’amènent leurs types de pollution spécifiques et leurs problèmes de recyclage . La solution à ce problème réside évidemment dans le choix judicieux du mix énergétique, mais pour pouvoir le trouver, il faut accepter d’en débattre, de consulter les experts de ce domaine.

Le buzz

Néanmoins, ce débat de fond vire trop souvent vers un débat de forme. Il est navrant de voir à quel point les pseudo-médias et les talk-shows proposant des débats ou véhiculant une soi-disant information "de qualité", inondent nos chaines de télévision et nos réseaux sociaux. Au moyen d’articles très courts qui ne font que survoler le sujet avec leurs titres extravagants, leurs vidéos attractives, ils prétendent nous informer sur des problèmes très complexes, mais ils font en réalité du sensationnalisme afin de faire le buzz

Pour la plupart des personnes de mon âge, les technologies de la communication et de l’information sont très présentes. Nous sommes nés avec. Nos grands-parents, en particulier, sont très impressionnés par l’aisance avec laquelle nous communiquons, partageons et échangeons. Nous devons évidemment profiter de ces avantages que nous avons acquis en grandissant avec celles-ci. Ceci dit, quand ils voient nos addictions et les comportements que nous avons face à ces dernières, ils en sont plutôt effrayés. Trop souvent, nous tombons dans le piège de la réaction primaire (les querelles dans les commentaires sur Facebook, les vidéos dont j’ai parlé plus haut en sont d’excellents témoins). Nous devons absolument faire l’effort de réfléchir, non seulement à ce que nous voyons, mais aussi à ce que nous postons sur les réseaux sociaux. En effet, la réponse à un débat n’est pas forcément binaire et s’indigner à tout bout de champ n’est pas toujours la meilleure solution.

Le problème des articles sur les réseaux sociaux (qui sont souvent des simples raccourcis de ceux qui apparaissent dans les journaux), est qu’ils poussent à trouver des réponses trop simplistes aux problèmes très complexes qu’ils exposent. De plus, leurs sources sont assez douteuses et trop nombreux sont ceux qui ne prennent pas la peine de les vérifier. Se laisser impressionner par de prétendues sensations, c’est exactement faire tout le contraire de ce qu’il faut. Si nous ne faisons pas l’effort de construire des réponses structurées, argumentées et réfléchies, aux problèmes auxquels nous sommes confrontés, nous encourageons les idées réductrices et simplificatrices. D’ailleurs, les partis extrémistes ont très bien saisi que les gens enclins à ce sensationnalisme sont le plus susceptibles d’être séduits par leurs propositions (taxes sur les grandes fortunes, renvois des migrants chez eux, etc…).

Récupération politique

Le poète latin Juvénal a rendu célèbre l’expression "Panem et Circenses", je pense qu’elle peut tout à fait s’appliquer à la relation que les médias et les producteurs ont avec la population (et plus encore pendant cette période) : aujourd’hui, nous nous contentons de nous nourrir et de nous divertir (en ce sens, je trouve que les émissions de télé-réalité jouent un rôle désastreux). À nouveau, ce mode de vie "trop facile" est exploité par les partis extrémistes pour la promotion d’un discours populiste et, de ce fait, il n’est pas étonnant de constater leur succès immense ces dernières années. J’ai très peur qu’à l’avenir, une partie de la société soit complètement abrutie et manipulée par une autre partie qui lui formate l’esprit et la pensée au moyen des réseaux sociaux, des émissions de téléréalités ou de talk-shows. Les habitués de ce genre d’émissions en demandent toujours plus. Je suis assez triste de noter que ce qui compte pour beaucoup de personnes quand ils regardent la télévision, ce sont les altercations violentes (physiques ou orales) entre deux candidats, les insultes ou l’humiliation d’un des deux protagonistes. Le public est friand de sensations et le producteur qui propose cette émission cherche une renommée très malsaine. Bien sûr, il est évident que les talk-shows peuvent constituer un divertissement agréable et même être un organe pédagogique, seulement lorsque leurs présentateurs prétendent véhiculer une information de qualité avec des partis pris et tout un cirque qui accompagne les débats, je trouve ceci très dangereux. On a d’ailleurs la fâcheuse tendance de prendre le parti de celui qui crie le plus fort, qui "passe le mieux" ou qui apporte la réponse la plus simpliste.

Ne pas accepter les réponses trop simplistes aux problèmes complexes

J’aimerais à présent inviter toutes les personnes de mon âge à faire cet effort de s’informer correctement, de ne pas accepter les réponses trop simplistes aux problèmes complexes, mais d’accepter d’avoir un débat de fond plutôt qu’un débat de forme. Chaque jour, nous recevons une quantité d’information énorme et nous devons être capables de faire le tri dans celle-ci. Varions aussi les différentes sources d’informations, ne regardons pas uniquement les pseudo-médias dans les réseaux sociaux et faisons l’effort de confronter nos opinions de manière constructive. Dans ce cas, nous pourrons utiliser à bon escient les technologies de l’information et de la communication pour discuter des enjeux de demain et commencer à trouver des pistes de solutions.

Titre et intertitres sont de la rédaction.