Une chronique de Francis Van de Woestyne.

Les temps sont durs. Le climat est lourd. Pourquoi ne pas évoquer, quand même, un sujet léger ? Bienvenue dans le monde de la futilité… Le besoin de s’afficher est à la mode. Pas seulement sur les réseaux sociaux. Les plaques de voiture personnalisées sont aussi révélatrices de cette volonté.

Elles n’ont pas pu vous échapper. Depuis 2014, plus de 60 000 Belges ont choisi de débourser 1 000 euros pour obtenir une plaque qui leur ressemble. Une plaque qui suggère qui ils sont, ce qu’ils aiment, ou ce qu’ils font. Marqueur social ou clin d’œil ? Les deux tendances existent.

Rappel, tout d’abord. Il y a en Belgique quelque 8,18 millions de voitures en circulation qui, toutes, doivent être immatriculées. Si vous occupez certaines fonctions, votre plaque le dira. Les voitures du Roi et de la Reine portent des plaques chiffrées allant de 1 à 10. Les membres de la famille royale, de 11 à 99. Les diplomates ont un “CD”. Les ministres fédéraux affichent un “A”, leurs collègues régionaux un “E”, les parlementaires un “P”. Le climat antipolitique ambiant pousse certains élus à renoncer à cet étiquetage et à réclamer une plaque banale. Les taxis ou chauffeurs Uber ont un “T” parmi la combinaison de chiffres et de lettres. Les ancêtres affichent un “O”, les remorques un “Q”.

Depuis 2015, la Belgique a suivi les pays d’Amérique du Nord (États-Unis, Canada) et anglo-saxons. En Grande-Bretagne, la tendance est très ancienne. Les plus anciens se souviennent de la mythique “ST1” de Simon Templar (Roger Moore) qui, dans la série “Le Saint” frimait au volant d’une splendide Volvo P1800S.

Aujourd’hui, 16 des 27 pays européens autorisent la personnalisation des plaques. Et il faut dire que les Belges s’en donnent à cœur joie. Car il ne s’agit pas seulement de dire qui l’on est, mais aussi d’afficher ses passions. Parfois, une plaque résume une vie. Le sujet a pris une telle importance que RTL y consacre désormais une émission : “C’est ma plaque”.

Entre les chatons et le molosse

Sans vouloir être caricatural ou épingler des différences fictives entre le nord et le sud du pays et conforter le discours de ceux qui prétendent qu’il y a deux démocraties en Belgique, il faut bien constater que les plaques repérées ces derniers jours sont conceptuellement différentes. Ainsi, le Flamand aura tendance à choisir ses initiales, voire son nom, à montrer sa réussite, pour suggérer : voyez, je suis le propriétaire de cette flamboyante voiture. Ce sont donc les initiales accompagnées d’un “1” qui y ont la cote. En Flandre, les voitures personnalisées sont luxueuses, sportives, chères. En Wallonie, que lit-on sur les plaques ? “Chatons”, “Molosse”, “Jurbise”, “Ardenais”, “Baronne”, “Oufti”, “Paulette”, “Peace”… Un couple a réservé “Hohoho” pour monsieur et “hahaha” pour madame… Les francophones semblent plus enclins à dire ce qu’ils aiment. Ou n’aiment pas. L’an dernier, un citoyen a réussi à faire accepter “Covid 19”. Sa justification ? “Je voulais juste faire référence au fait que les autres voitures doivent garder un mètre et demi de distance avec mon véhicule”.

Sentant le bon filon, un ancien ministre des Finances a voulu faire passer le prix des plaques personnalisées de 1000 à 2000 euros. Résultat ? Les demandes se sont effondrées. Le prix a donc été ramené à 1000 euros. Quand on aime, on compte, quand même. Mais pas partout. À Dubaï, par exemple, les automobilistes s’arrachent à prix d’or certaines plaques jugées exceptionnelles. Moins il y a de chiffres sur la plaque, plus il y en a sur le montant à payer. Un habitant de Dubaï a déboursé 8 millions pour que sa Rolls puisse rouler avec une plaque “D5”. La plaque “1” s’est vendue 12,7 millions d’euros. En Grande Bretagne, après avoir acheté 375 000 livres la plaque d’immatriculation portant un simple “F1” pour sa Bugatti Veyron, l’homme d’affaires britannique Afzal Kahn, s’est vu proposer 5 millions de livres trois ans plus tard pour sa plaque, offre qu’il a refusée.

Dans certains pays donc, ces plaques personnalisées rapportent des millions au Trésor. Ne serait-ce pas un moyen totalement futile mais utile pour ramener quelques euros dans les caisses de l’État belge… ? Sachez qu’en attendant, une simple plaque vous coûtera 30 euros. Et si vous voulez vous amuser, pourquoi ne pas tester les possibilités de plaques encore disponibles sur https://es.mobilit.fgov.be/persoplate/?