Opinions
Une opinion d'Emmanuel Peeters, bio ingénieur, enseignant en sciences dans le secondaire supérieur à Bruxelles.


Acheminer un ananas dans un de nos supermarchés équivaut à ce que consomme une télévision allumée durant plus d’une semaine, 24 h/24. Concernés par l’enjeu climatique, les citoyens manquent cruellement d’informations permettant de poser des actes en connaissance de cause. Au politique d’agir.


Les citoyens sont dans les rues pour une nouvelle marche en faveur du climat. Objectif : mettre le monde politique face à ses responsabilités. Mais quelles sont nos responsabilités à nous, citoyens ? Que pouvons-nous faire concrètement ? Et comment le monde politique peut-il nous aider ?

Les citoyens se sentent de plus en plus concernés par l’enjeu. La sensibilisation se fait progressivement. Hélas, nous ne réalisons pas encore assez, par manque d’informations, l’impact environnemental associé à notre standard de confort qui nous tient tant à cœur.

L’exemple de l’ananas

Dans un supermarché, on retrouve dans le même rayon des pommes (2,50 €/kg) et des ananas (2,50 € la pièce, soit 1,5 kg)… Les pommes viennent de chez nous, l’ananas vient de l’île de la Réunion, du Costa Rica… et a donc dû parcourir 15 000 kilomètres en avion pour terminer à côté des pommes. Il aura donc fallu plus de 2 litres de kérosène pour acheminer un ananas jusqu’en Belgique, ce qui correspond à pratiquement 5 kg de CO2 libéré pour un ananas. Cela représente la quantité de CO2 libéré pour la production de 10 kWh d’électricité au moyen d’une centrale électrique au gaz.

Quel est l’intérêt d’avoir des panneaux photovoltaïques sur le toit de sa maison qui produiront en moyenne 2,5 kWh par jour si dans un même temps, on consomme un ananas par semaine ? Si les moteurs de voitures étaient adaptés au kérosène, cela représenterait plus de 30 km parcourus. Si l’énergie contenue dans les 2 litres de kérosène avait été utilisée pour produire de l’électricité, cela équivaudrait à ce que consomme une télévision allumée durant plus d’une semaine 24 heures/24. Qui imaginerait laisser sa télévision allumée en permanence ? Très peu de gens probablement, car sur ce point-là, nous sommes déjà sensibilisés, au moins pour notre portefeuille.

Le non-sens de certaines habitudes

Mais alors, où se situe le problème ? Une hypothèse : le manque d’informations. Le processus de sensibilisation est en marche, mais la quantification objective de tous nos faits et gestes n’y est pas. Vous l’aurez compris, l’exemple de l’ananas est peut-être extrême, mais il peut être extrapolé à de nombreux produits ou autres habitudes de notre quotidien (y compris notre besoin croissant de mobilité). Il met en évidence plusieurs choses.

De un, le manque cruel d’informations permettant à chaque citoyen de poser des actes en pleine connaissance de cause

De deux, l’absurdité, le non-sens de certaines "habitudes", de certains standards qui nous semblent normaux (car nous sommes nés dans ce contexte), mais dont nous pourrions sans peine nous passer.

De trois, une piste complémentaire à explorer et exploiter pour aider chaque citoyen à gagner en cohérence entre ses préoccupations et ses actes.

Le politique doit informer

Concrètement, demandons au monde politique de nous aider à évoluer en ce sens. Les campagnes de sensibilisation sont largement présentes en faveur de la sécurité routière. Un paquet de cigarettes contient obligatoirement des informations chocs pour sensibiliser le (potentiel) fumeur. Plus personne n’est autorisé à distribuer des sacs en plastique "non-réutilisables", à vendre des ampoules à incandescence… Continuons sur cette voie, mais avec beaucoup plus d’ambition.

Demandons au monde politique de nous aider à revoir nos habitudes. Tant que nous ne savons pas, nous ne sommes pas responsables de nos actes. Une fois informés, nous devrons agir en évaluant notre impact écologique, en prenant nos responsabilités.

Le monde politique peut nous y aider de plusieurs manières. Il peut imposer la standardisation de l’information concernant l’empreinte carbone de chaque produit. Il peut encourager le citoyen impliqué via une TVA adaptée en fonction de l’empreinte carbone de chaque produit (en faveur ou en défaveur). Il peut, il peut, il peut… les leviers sont nombreux. Aidez-nous !