Une opinion de Adrien Touwaide, 21 ans, étudiant en troisième année de bachelier en Sciences-Politiques et Histoire à l’Université Saint-Louis à Bruxelles.

9h00 du matin sur la place Wenceslas de Prague, la fourmilière praguoise commence à s’activer, laissant place au remue-ménage que chaque ville européenne peut connaitre. Une myriade de touristes internationaux tous les mieux dotés du dernier téléphone croqué pomme et du selfie stick inhérent à tout bon réel globetrotters s’entrelacent dans une scène évoquant l’avènement du tourisme de masse, de l’instant présent qui sera reporté sur un réseau social quelconque, de la globalisation, bref du 21ème du siècle.

Au-dessus de cette scene rocambolesque pouvant évoquer une reconstitution moderne de la Tour de Babel s’érige le drapeau tchèque, orné des trois couleurs nationales ainsi que de l’imposant drapeau bleu azur reprenant les douze étoiles dorées symbolisant les idéaux d'unité, de solidarité et d'harmonie entre les peuples d’Europe.

1968

Loin des clichés actuels, cette même place Venceslas fut le théâtre le 19 janvier 1969 de l’un des actes ayant profondément marqué l’histoire de la République Tchèque ainsi que de l’Europe. A ce même endroit, Jan Palach, jeune étudiant activiste se donna la mort par immolation pour protester face à l’échec du Printemps de Prague de 1968. A cette date précise, le 5 janvier 1968, Alexander Dubcek est élu président de la République socialiste tchécoslovaque et va prôner une autre vision du communisme.

Sous son pouvoir, le pays a vu accroitre les avancées libérales avec la relaxation de journalistes d’opposition autrefois incarcérés, une démocratisation des partis politiques ou encore une ouverture de la société tchèque vers les pans du monde entier.

Intransigeant face à ce rapprochement vers l’Ouest, le Pacte de Varsovie (URSS, Allemagne de l'Est, Pologne, Hongrie et Bulgarie) s’est engagé dés l’été 1968 pour clore cette parenthèse de progrès avec l’envoi hégémonique et sanglant de 600.000 hommes de garnison pour éradiquer l’idylle démocratique tchèque le 20 aout 1968.

C’est face à l’invasion soviétique et à la recrudescence des violations de libertés que Jan Palach et le groupuscule d’étudiants engagés ont décidé de s’immoler sur l’une des places les plus reconnues de Prague.

Il fut le premier des trois étudiants s’ayant donnés la mort lors du printemps 1969 en brandissant comme dernier message "Puisque nos pays se trouvent au bord du désespoir et de la résignation, j'ai pris la décision dexprimer mon désaccord et de réveiller la conscience de la nation" avant de s’éteindre et de laisser au monde contemporain l’une des plus belles preuves de résistance et de défense d’idéaux du siècle dernier.

Erasmus, l’achèvement ultime du projet européen

Mais dès lors, actuellement, dans quelles mesures pouvons-nous retrouver cet esprit de sacrifice et d’abnégation ancré dans nos jeunes générations européennes actuelles?

Au lendemain des événements ayant secoué le peuple tchèque, il fut attendre 1993 pour voir le pays accédé à l’indépendance et neuf années de plus pour voir l’Etat rejoindre l’Union Européen en 2004.

Parallèlement à tout ce processus marqué par l’ouverture des pays du bloc de l’Est au vieux continent, le programme Erasmus a été implanté dés 1987 par tous les pays signataires pour finalement être appliqué largement.

Fort de ses trente années d’existence, de plus de 9 millions de personnes et de mon experience personnelle, le programme Erasmus est probablement l’achèvement ultime du projet européen.

Haut lieu de rencontres multiculturelles ou s’entremêlent toutes les facettes constituant notre continent autour de débats et de découvertes nous permettant de donner un visage, une identité , un récit derriere le dessous des cartes abstraites et inflexibles.

Apres moult rencontres, une analyse éclate, l’Europe ne se résume plus uniquement à l’union monétaire et économique jugée responsable de laisser exsangues nos entités nationales au profit d’une technocratie malveillante et nébuleuse située au coeur de notre plat Pays mais bien plus…

L’optimisme et la naïveté sont le propre de la jeunesse vous diront les plus réticents aux bonnes nouvelles. Au-delà de tout ces qualificatifs candides, l’experience humaine, européenne vécut au cours d’un séjour Erasmus contribue à esquisser la forme volatile et indéfinissable du sentiment européen.

Les préceptes insufflés par les pères fondateurs de l’Union trouvent tout leur sens en ce qu’Erasmus représente la consécration d’un rêve impossible il y a un siècle de cela où, les frontières étaient perçues comme barrières intemporelles, signes d’opposition infranchissables et représentantes de l’extranéité.

A l’aune des élections européennes prochaines, cette phrase prononcée par Jean Monnet en 1976 prend un sens réel et profond tant l’issue de l’enjeu est incertaine.

  • "Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes." / "Rien nest possible sans les hommes mais rien nest durable sans les institutions."

A travers cette citation courte mais pouvant susciter des interpretations diverses et variées, le défi qui s’érige devant la jeunesse aujourd’hui est gargantuesque. Les derniers mois ont démontré une mobilisation de masse inédite pour la cause climatique mais le seul résultat visible sera perçu dans les urnes.

Le souvenir vivace du sacrifice de Jan Palach doit servir de porte-étendard pour pérenniser les choix de demain. Loin de vouloir insinuer une tendance suicidaire transgressive auprès des jeunes actuels, cet exemple doit être employé comme mémoires aux durs efforts endurés pour arriver à l’union transnationale assurant la paix sur notre continent aujourd’hui.

L’opportunité d’inscrire dans les institutions législatives notre volonté est une chance inouïe et qui plus est, récente pour l’Europe entière comme en atteste l’Histoire. La flamme spontanée qui a éclairé notre jeunesse active doit se transformer en résultat ce 26 mai prochain.

Des lors, avec l’abstention elevée connue pour chaque élection européenne, il est de notre devoir de citoyen de répondre présent à cet événement tant la voix de chacun sera requise pour faire face au repli nationaliste croissant qui se déploie partout sur le continent.

Jan Palach aurait eu 70 ans aujourd’hui et témoin de la vulnérabilité de nos régimes mais probablement fier de la tournure démocratique qu’ont pris nos pays ces dernières décennies. Nous sommes désormais à un carrefour périlleux de la poursuite du projet européen où un mauvais choix pourrait réveiller des vieux démons enfouis depuis longtemps.