Opinions

Une chronique de Marie Thibaut de Maisières.

La droite autoritaire est en augmentation depuis dix ans dans presque tous les pays développés. Et depuis dix ans, tous les soirs d’élection (au grand dam de mes enfants qui ont normalement le droit, le dimanche soir, de regarder Alvin et les Chipmunks), je passe la nuit à écouter les politologues, historiens, sociologues et géographes qui se relayent pour nous expliquer ce "phénomène". C’est complexe et il y a, bien sûr, mille explications pour ces votes, mais je restais quand même perplexe quand je réalisais que des ouvriers choisissent Marine Le Pen (ou le Brexit) alors que quitter l’EU détruira leur emploi ; ou que des femmes espagnoles soutiennent Vox qui prône l'abandon de mesures contre les violences conjugales (oui même très très perplexe !). Et puis j’ai découvert le travail fascinant de Karen Stenner, la politologue australienne qui a consacré sa carrière à l’autoritarisme.

L’autoritarisme serait essentiellement héréditaire

Avez-vous remarqué que certaines de vos tantes se délectent des frasques des petits insolents alors que d’autres ne chouchoutent que les enfants - sans taches - qui disent poliment bonjour ? Si vous avez un doute sur l’une ou l’autre, je vous prête mon fils de 7 ans à votre prochaine réunion de famille. Il est si rigolo et mal élevé, que son innocent : “C’est de la blanquette de veau ? Ha, oui ? Je croyais que c’était du vomi”, en est un excellent détecteur. Et bien, en politique c’est pareil ! Pour Karen Stenner, l'autoritarisme n’est ni dû à l'expérience, ni à l’âge, ni à l’éducation, elle est une prédisposition psychologique profondément ancrée. Conséquence de l’inconfort inné face aux différences, la personne “autoritariste” préfère la conformité et l’obéissance (et les chemisiers sans tâche). C’est évidemment le contraire des personnes “libertaires” qui, eux, ont une préférence naturelle pour la liberté et la diversité (et les enfants insolents). Les autoritaristes ont tant besoin d’unité et de similitude qu’ils sont prêts à supporter des mesures coercitives si celle-ci sont nécessaires. Enfin, ses études sur des jumeaux montrent que l’autoritarisme serait essentiellement héréditaire.

Un tiers de la population concerné

Le plus frappant est de réaliser (potentiellement aidé par les mauvaises manières de mon fils), que partout dans le monde, chaque famille compte le même pourcentage de tantes qui adorent ou s’irritent des petits coquins. Car les chiffres des sondages effectués par Karen Stenner, sont incroyablement stables. Dans chaque population, 33 pourcents des sondés sont prédisposés à l’autoritarisme (qui aime l’ordre et l’identique), 37 pourcents sont non-autoritaristes (aime la liberté et diversité) et 30 pourcents sont neutres et peut osciller entre les deux. Visiblement la nature (ou la sélection naturelle darwinienne) préprogramme très intelligemment ses "tribus" pour que les changements puissent émerger, mais pas trop rapidement - dans l’histoire, la méfiance envers les nouveautés de certains d’entre nous a été utile pour limiter notre exposition, en tant que groupe, aux dangers alimentaires - .

Perturbations

Mais pourquoi, pendant 50 ans, n’avons-nous pas (trop) vu ces autoritaristes et que maintenant, ils se réveillent de toutes parts ? Parce que les valeurs ont changé très vite ces cinq dernières décennies. Et les gens qui aiment l’ordre en sont éminemment perturbés. Karen Stenner va même plus loin, elle dit que si l’on ne calme pas le changement, les "autoritaires" risquent d’aller se chercher un chef pour remettre de l’ordre. Et en Italie, en Hongrie, au Brésil… ils l’ont fait !

Mais alors c’est plié, 33% des belges seraient génétiquement programmés pour soutenir pour le Vlaams Belang, le PP ou la NV-A (ces "tantes" qui donneraient une fessée à mon fils pour avoir répliqué, tout sourire : “C’est atroce. Tu dois vraiment détester les enfants pour leur servir cette blanquette”.) ? Non bien sûr ! Parce que, heureusement, chacun garde son libre arbitre et sa raison. Et la préférence autoritaire ne se traduit pas systématiquement par un vote pour un parti autoritaire. Mais quand même, au soir du 26 mai, si la droite autoritaire fait un bon score (et que je ne suis pas en train de regarder Alvin et les Chipmunks), je garderai, dans mon esprit, une place pour l’explication de Karen Stenner !

  • Le titre est de la rédaction.