Une carte blanche signée par Camille Dubus et cosignée par Jessica Beurton, Louis Boulvin, Gilles Colemonts, Sarah de Munck, Quentin Douillet, Patricia Palacios, John Pauluis, médecins généralistes et membres de la cellule Environnement de la Société Scientifique de Médecine Générale (SSMG), et Marie-Christine Dewolf, ingénieure agronome et consultante externe pour la cellule Environnement. Retrouvez-les sur https://docteurcoquelicot.com/ .

Il y a deux ans seulement, une jeune Suédoise remettait en cause notre mode de vie et des milliers de jeunes - que dis-je, des millions ! - l’ont suivie dans les rues pour clamer haut et fort qu’il est plus que temps de changer nos habitudes de vie pour sauver la planète. Nos écosystèmes sont perturbés, accélérant l’extinction de nombreuses espèces et la propagation de zoonoses, des maladies transmises par des animaux. Peu de temps après, un petit mammifère écaillé nous aurait transmis le redoutable microbe du nom de Sars-Cov-2. Celui-ci, malgré sa taille minuscule, se propage à une vitesse terrifiante, emportant avec lui les patients les plus vulnérables, de par leur âge ou leurs pathologies chroniques. Il vient bouleverser nos habitudes, nous obligeant à nous réorganiser et à nous réinventer. C’est le temps de l’introspection, de l’ouverture et de la réflexion. Une question me trotte en tête, justement : et si santé planétaire et santé humaine étaient indissociables ?

Faisons un rapide tour d’horizon : En 2015, la revue The Lancet affirme que toutes les formes de pollution combinées sont responsables de 21 % des décès par maladie cardio-vasculaire à l’échelle mondiale - et de 16 % toutes causes confondues (1).

De son côté, le Center for Disease Control and Prevention, la plus importante agence fédérale pour la santé publique aux États-Unis, souligne l’importance de l’augmentation des cas d’autisme sur son territoire. En 2000, un enfant sur 150 était porteur du diagnostic, mais en 2016 il s’agit d’un enfant sur 54(2) !

Grâce aux progrès de la médecine, la mortalité liée aux maladies infectieuses a fortement diminué. Bientôt, on l’espère, le Covid lui-même ne sera plus qu’un mauvais souvenir. Mais l’espérance de vie sans maladie chronique diminue. Nous vivons plus longtemps, mais en moins bonne santé. Aux Pays-Bas par exemple, l’espérance de vie sans maladie chronique a diminué de 51,4 ans à 48,1 ans chez les hommes entre 1985 et 2012, et de 48,8 ans à 40,5 ans chez les femmes. Le nombre moyen de maladies chroniques par personne est passé de 1,3 à 1,8 entre 1992 et 2009(3).

Ces perturbateurs omniprésents

Autisme, pertes de points de QI, troubles de l’attention, obésité, cancers, diabète ou infertilité, autant de pathologies en augmentation pour lesquelles les perturbateurs endocriniens sont au moins en partie responsables. La santé est évidemment multifactorielle, mais la science a atteint un niveau de preuve indiscutable pour bon nombre d’entre eux.

Ces substances chimiques sont omniprésentes : biberons, matériel électronique, cosmétiques, emballages alimentaires, pesticides, moquette et canapés, jouets en plastique, tickets de caisse, crème solaire… Elles miment ou inhibent nos vraies hormones et déséquilibrent ainsi toute cette mécanique bien huilée qu’est le corps humain(4).

Les enfants, premières victimes

Les niveaux d’imprégnation aux perturbateurs endocriniens sont plus souvent élevés chez les enfants : portant plus souvent leurs mains à leur bouche, ils sont également plus exposés aux poussières domestiques. Le PFOS et PFOA, des composés perfluorés utilisés dans les revêtements anti- adhésifs, sont responsables de troubles de la fertilité, troubles hépatiques, hypertension et troubles thyroïdiens. Ils sont retrouvés dans 100 % des échantillons prélevés chez 249 enfants en France(5). Les voies d’exposition sont multiples : cutanée, alimentaire ou par inhalation.

Le coût des perturbateurs endocriniens sur la santé est estimé à 157 milliards d’euros chaque année en Europe, soit 1,23 % du PIB(6). Sans parler de l’impact psychologique de ces pathologies, sur la personne ou sur ses proches… Toujours pas convaincu ?

L’heure des bonnes résolutions

Profitons de l’après-Covid pour prendre de bonnes résolutions ! Le Danemark nous lance l’appel suivant : "Le Green Deal nous fournit une feuille de route pour faire les bons choix en réponse à la crise économique tout en transformant l’Europe en une économie durable et neutre sur le plan climatique." L’objectif du Green Deal est d’être climatiquement neutre d’ici 2050, par un ensemble d’initiatives très concrètes. Un des grands thèmes de ce pacte est l’ambition "Zéro pollution", pour un environnement sans substances toxiques. Et donc sans perturbateurs endocriniens.

Voici un dernier chiffre pour la route : 39 % des Belges sont préoccupés par leur exposition aux perturbateurs endocriniens… Ce chiffre augmente à 77 % lorsqu’ils sont bien documentés. Informez-vous auprès de votre médecin généraliste : de petits changements dans nos habitudes peuvent déjà beaucoup diminuer notre exposition(7).

(1) P.J. Landrigan, R. Fuller, Richard, N. JR Acosta, et al. "The Lancet Commission on pollution and health", in "The Lancet", vol. 391, no 10119, p. 462-512, 2018.

(2) https://www.cdc.gov/ncbddd/autism/data.html consulté le 30/01/21

(3) C. S. de la Santé, "N° 9404 Hygiène de l’environnement physico-chimique (limitation de l’exposition aux agents mutagènes ou perturbateurs endocriniens) et importance des expositions en début de vie", mai 2019.

(4) B. Demeneix, "Cocktail toxique : comment les perturbateurs endocriniens empoisonnent notre cerveau", Odile Jacob, 2017.

(5) A. Oleko, A. Balicco, M-L. Bidondo, C. Fillol, J. Gane, A. Saoudi, A. Zeghnoun, "Imprégnation de la population française par les composés perfluorés. Programme national de biosurveillance Esteban 2014-2016", Santé publique France.

(6) Trasande L., Zoeller R.T., Hass U, Kortenkamp A., Grandjean P., Myers J.P., et al. "Estimating Burden and Disease Costs of Exposure to Endocrine-Disrupting Chemicals in the European Union", J Clin Endocrinol Metab. Avril 2015 ; 100 (4) : 1245 ; 55.

(7) Mutualités libres, "Perturbateurs endocriniens : agir pour protéger notre santé. Position paper des Mutualités libres", novembre 2020.

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