Une opinion de Romain Moerman, docteur en sciences et professeur de sciences à l’institut Saint-André de Charleroi.

Que d’épreuves pour les enfants, les adolescents, les directeurs, les pouvoirs organisateurs, les enseignants et le personnel des établissements scolaires depuis le début de cette crise du coronavirus. Il serait assez simple de dégager l’aspect négatif de cette situation mais il est peut-être temps, aujourd’hui, de se tourner vers l’avenir et de tirer le meilleur de cette crise. 

Il est une chose sur laquelle nous ne pouvons pas revenir, c’est l’extrême mobilisation des acteurs de l’enseignement. Nous avons, en quelques semaines, modifié profondément notre manière de voir l’école. N’aurions-nous pas dû mettre cette même énergie et ces mêmes budgets en dehors d’une période de crise afin de faire avancer l’école aussi vite mais dans une autre direction ? Voyons ce que le coronavirus nous impose et en quoi cela pourrait être à l’avantage du monde scolaire.

Un nombre d’élève adapté pour un enseignement de qualité

Les enseignants ont l’habitude de devoir enseigner à des classes de vingt à trente élèves dans des locaux prévus pour un groupe de quinze à vingt maximum. Il est maintenant important de garder nos distances et cela implique des classes avec un nombre d’élève réduit. Une réduction du nombre d’élève par groupe est donc bien une demande ancienne du monde enseignant, pourquoi ne pas profiter de la crise pour enfin adapter le nombre d’élève ? La qualité de l’enseignement n’en serait que renforcée. 

Des structures modernes

Pour voyager dans le temps, rien de bien compliqué, il suffit parfois de franchir les portes de certaines écoles. Certains parents et même grand-parents ayant fréquenté l’établissement ne remarquent presque aucun changement et peuvent même souvent retrouver leur propre banc scolaire. Si la chose peut faire sourire les nostalgiques, n’est-ce pas curieux de voir la société se moderniser sans cesse mais les établissements où nos enfants passent le plus de temps rester dans un état dépassé ? Afin de fréquenter des locaux plus adaptés, ne serait-il pas temps d’arrêter d’essayer de repeindre les murs mais bien de les changer une bonne fois pour toute ? L’école a besoin d’un grand chantier de modernisation et pas uniquement pour construire de nouvelles écoles dans les grandes villes où il n’y en a pas assez mais aussi pour remplacer les bâtiments vétustes actuels.

Une école numérique pour tous

Le coronavirus a permis d’accélérer (parfois de démarrer) la transition numérique dans les écoles. Depuis longtemps, il y a une énorme fracture numérique entre la maison et la classe. Or, ce cadre scolaire est justement l’endroit pour apprendre à maîtriser et à interpréter l’outil numérique. Profitons des plateformes numériques mises en place pour développer l’école numérique. Utilisons cet apprentissage pour apprendre à déceler les fakes news et adapter le travail des jeunes. Un gros problème de cette transition est qu’elle laisse trop d’enfants sur le bord du chemin. Tous n’ont pas des parents doués en informatique, tous n’ont pas un ordinateur ou une imprimante à la maison, tous ne sont pas égaux devant le numérique. C’est ici aussi que l’école doit amener de l’équité en assurant aux élèves en difficultés matérielles de disposer d’un ordinateur et en assurant aux établissements scolaires des outils d’apprentissage modernes (trop de programmes d’apprentissage sont obsolètes). 

Du personnel valorisé

Si l’école doit se développer et se moderniser, cela va demander plus de personnel. Le milieu scolaire souffre malheureusement d’un manque de bras. Si l’image du professeur d’école s’est profondément modifiée au cours de l’histoire, elle doit redevenir celle d’une personne proche des enfants et dont les objectifs sont variés et visent à accompagner le jeune dans son développement intellectuel et humain. Ce métier compliqué demande des compétences, des savoirs, du temps et une expertise qui se développe avec les années. Afin d’assurer une enseignement de qualité, il faut des personnes de qualité qui doivent être soutenues et valorisées à tous point de vue.

Une hygiène respectée

Rendez-vous compte, il a fallu attendre une pandémie pour réaliser à quel point il est important de se laver les mains. Par la même occasion, nous avons découvert l’état lamentable dans lequel se trouve le bloc sanitaire d’une école moyenne. Pas de savon, peu ou pas de lumière, parfois même pas de planche de WC ou pas assez de WC tout simplement, pas d’évier pour s’y laver les mains. Les écoles doivent souvent faire appel à des concours pour avoir assez d’argent pour installer un WC et un évier pour ses élèves, est-ce normal en 2020 ? Gardons cette dynamique de propreté et adaptons enfin ces locaux essentiels.

Toutes ces mesures que le personnel du corps enseignant demande depuis des décennies apparaissent enfin au grand jour par le biais de ce virus. Ne perdons plus de temps à juger ce qui aurait dû être fait mais agissons maintenant pour nos jeunes générations. Faisons de ce virus une opportunité d’amélioration pour l’école !