Chaque électeur disposerait, par exemple, de 10 voix. Libre à lui ensuite de les répartir comme il l’entend. Ce système pourrait réenchanter la démocratie.

Une opinion de Jean-Louis Hanff, diplômé en Administration publique et citoyen engagé. 

Tout part d’un constat. Selon les enquêtes d’opinion, près de 4 Belges sur 10 ne font pas du tout confiance au politique et au système politique (1). Il ne fait nul doute que le blocage dans la formation d’un gouvernement fédéral n’aidera pas à réenchanter la politique aux yeux du citoyen. Il fut un temps pourtant où les citoyens affichaient leur inquiétude face à ces crises à répétition, arborant des drapeaux belges et appelant à l’unité du pays. Or c’est désormais un certain désintérêt, voire une réelle apathie, que nous observons au sein de la population face à la situation actuelle. Du fatalisme ? Espérons que non !

Panacher entre partis

Nous pouvons légitimement nous demander si notre système de scrutin est celui qui permet le mieux, à l’heure actuelle, de faire émerger une vision politique qui tend vers le bien commun.

Plutôt qu’une logique qui favorise encore une fois la particratie, pourquoi ne pas concevoir un scrutin qui se fonde sur l’accord entre personnes, autour d’une conception commune du bien commun, au-delà de leur affiliation partisane ?

Une proposition qui aurait le mérite d’être étudiée est le système du "vote à points", appelé également "vote cumulatif". Dans le "vote à points", nous explique Mark Eyskens, un partisan notoire de ce système de scrutin, "c’est désormais l’électeur qui forme les coalitions à venir, et non plus, comme c’est le cas actuellement, la junte des présidents de parti" (2). L’électeur est donc rendu beaucoup plus puissant, ce qui renforcerait la démocratie de compromis, qui serait ainsi institutionnalisée.

Chaque électeur disposerait d’un ensemble, par exemple, de 10 voix. Libre à lui ensuite de les répartir comme il l’entend entre partis et candidats. Il pourrait, par exemple, en donner 6 à son parti de prédilection, mais aussi 3 autres à un candidat qu’il apprécie, venant d’un parti différent et dont il se sent en accord avec la vision ou avec certaines idées. Il pourrait accorder enfin son dernier point à une autre personnalité politique pour qui il éprouve une sympathie particulière, ou dont il connaît la droiture et le dévouement. Ce système permettrait de faire cohabiter des électeurs attachés à une logique partisane (qui pourraient donner l’intégralité des points à un candidat ou une liste), avec d’autres qui souhaiteraient encourager différents candidats répartis dans plusieurs listes. L’électeur bénéficierait, en outre, la capacité de marquer l’intensité de son soutien à un candidat particulier, de nuancer ses choix, et de favoriser l’émergence de l’une ou l’autre coalition.

Un système vertueux

La politique est bien sûr avant tout une affaire d’idées, mais toute vision n’est-elle pas d’abord incarnée par des personnes ? En permettant au citoyen de fonder son choix à la fois sur les idées et sur les personnes, le vote cumulatif offre ainsi une manière d’arbitrer de façon plus précise et plus pondérée entre les différentes offres politiques. Il permet ainsi de mieux représenter les minorités et d’empêcher les phénomènes de tyrannie de la majorité. L’élection d’un candidat s’appuierait davantage sur la méritocratie, devenant moins tributaire de la place que lui aurait octroyée son parti. Elle serait aussi davantage liée aux valeurs qu’il incarne, et au charisme qu’il dégage. Je vois donc dans ce système un moyen intéressant de réenchanter la politique.

Au-delà de ces ingénieuses améliorations démocratiques en effet, renouer le lien entre le citoyen et la politique demeure une nécessité. D’où l’importance de trouver des méthodes qui permettent de favoriser la proximité entre les attentes des citoyens et celles du politique, et d’éviter que les offres politiques démagogiques ne sortent victorieuses d’une démocratie qu’elles remettent elles-mêmes en question.

(1) : https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/plus-de-4-belges-et-francais-sur-10-ne-font-pas-du-tout-confiance-au-politique-5c6d7da69978e2710e4e0438

(2) https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/elections/mark-eyskens-en-faveur-d-un-systeme-de-vote-a-points/10126251.html