Opinions

Une opinion d'Aurélie Willems, secrétaire générale du GRACQ- Les cyclistes quotidiens.


Les organisateurs du salon de l'auto nous jettent de la poudre au yeux quand il disent promouvoir la mobilité alternative. Supprimer la publicité automobile permettrait de remettre la voiture à sa juste place.


Omniprésente, avec ses messages simples et séduisants, la publicité nous pousse à acheter les produits dont elle vante les mérites. Depuis le début de l’année, comme le veut maintenant la tradition, les marques automobiles s’en donnent particulièrement à cœur joie, que ce soit à la radio, à la télé, sur internet ou aux quatre coins de l’espace public. Voici venu le salon de l’auto. Personne n’a pu y échapper. Et comme moi, vous en avez peut-être votre dose.

Pourtant, dans les discours autour du salon, la mobilité alternative prend petit à petit sa place. Pour les organisateurs, il est important de mettre l’accent sur la multimodalité, un petit espace était d’ailleurs dédié aux nouvelles mobilités pendant les premiers jours du salon. La FEBIAC mentionne même que l’utilisation d’un véhicule n’est plus liée à la possession d’un véhicule. #intermodality #dreamthefuture #sharedmobility et #sustainability sont autant de hashtags utilisés sur les réseaux sociaux pour la promotion du salon. Des paroles que l’on peut certes être heureux d’entendre mais que l’on nous jette comme de la poudre aux yeux.

Car ne nous y trompons pas, l’objectif de ce salon reste la vente d’un maximum de voitures neuves. Encourager la possession donc. La période d’activité qui entoure le salon représente jusqu’à 20% du chiffre d’affaires annuel des marques automobiles. Et la publicité, leur arme la plus puissante, porte ses fruits : le week-end d’ouverture a de nouveau battu des records en termes de fréquentation. L’année 2019 s’annonce une fois de plus (1) excellente pour le secteur automobile.

À l’heure où l’on parle d’urgence climatique, doit-on accepter de laisser pénétrer dans nos oreilles ces messages incessants qui glorifient l’automobile et poussent à son acquisition ? Sans parler des messages douteux incitant à "faire de la ville notre terrain de jeu" ou bien encore à "se remettre au sport". On nous vend hypocritement des voitures qui protègent l’environnement. Mais quand bien même les véhicules vendus seraient moins polluants, il n’en reste pas moins que le parc automobile ne cesse de s’accroître. Pire encore : le succès grandissant des SUV (Sport Utility Vehicles) qui représentent plus d’un tiers des ventes alors que leur puissance et leur design sont loin d’être des protecteurs du climat et des usagers de la route, en premier lieu les piétons et les cyclistes.

Nous sommes nombreux à vouloir un système de mobilité où la voiture individuelle n’en est plus le centre. Nous sommes nombreux à demander le développement d’alternatives et la prise de mesures fortes pour y arriver. Nous sommes nombreux à vouloir des villes et des villages plus sûrs, moins pollués, plus agréables à vivre. Nous étions 75000 dans la rue en décembre dernier pour manifester la volonté d’actions en faveur du climat, maintenant et non demain. Et des propositions concrètes sont d’ores et déjà sur la table de nos décideurs. De plus en plus de solutions existent (différents types de vélos, nouveaux engins de micro-mobilité, combinaison avec les transports en commun, co-voiturage…) et permettent de faire autrement ou du moins de consommer la voiture avec modération. À côté de cela, on continue pourtant à être matraqués de publicités automobiles et ce même au sein des médias de service public. Les reportages et débats sur des problématiques sociétales sérieuses telles que le climat, l’environnement et la mobilité n’y échappent pas. Pointons l’ironie…

La voiture est montrée du doigt pour ses externalités négatives sur l’environnement, la sécurité routière, la santé et le bien-être. À l’image de la cigarette, produit reconnu comme néfaste, ne pourrait-on pas envisager de supprimer la publicité automobile ? Cela manquerait-il réellement à beaucoup d’entre vous ? Une telle mesure permettrait de remettre la voiture à sa juste place, un véhicule utile pour certaines personnes et pour certains trajets, et non plus un objet de réussite sociale associé au culte de la liberté et de la sécurité, car la voiture ne remplit définitivement pas les promesses qu’elle affiche.

(1) Avec près de 550.000 voitures neuves immatriculées dans notre pays, l’année 2018 peut être qualifiée de dynamique et exceptionnelle pour l’industrie automobile en Belgique (FEBIAC).