Une chronique de Pierre Brynaert, enseignant de mathématiques, participant au programme Teach for Belgium.


Redonnons à l’enseignant la responsabilité de transmettre et à l’étudiant l’audace de vaincre ses peurs et ses préjugés pour (re)trouver le goût d’apprendre. 


Sapere aude" (1) , "Ose savoir". Tout est dit par Kant, dont la locution résume l’enjeu de l’école. Redonnons à l’enseignant la responsabilité de transmettre, à l’étudiant l’audace de vaincre ses peurs et ses préjugés pour (re)trouver ce goût d’apprendre. Aux parents la responsabilité de créer un contexte familial favorable. Aux responsables politiques la volonté de redonner un sens à l’école comme lieu d’apprentissage.

Ainsi, le rôle de l’école est de former au monde du savoir, véritable et unique sésame à l’employabilité, à une vie responsable et citoyenne. En conséquence, quand on a appris à apprendre ; cela sert toute une vie, puisque la vie est apprentissage.

Cette audace d’apprendre, je l’ai perçue chez mes collègues enseignants, constamment en recherche d’idées, de nouvelles méthodes, pour susciter l’intérêt de leurs élèves. Cette remise en question n’est pas évidente car elle recule les frontières de la zone de confort du métier qui voudrait que le cours soit simplement "donné". C’est bien cet état d’esprit qui m’a porté cette année, guidé par mes aînés, et qui me donne une envie quotidienne de relever à mon tour ce défi.

L’audace, c’est également le quotidien des directions d’écoles désireuses de donner à leur école une touche particulière, une mission, une vision. Ils m’ont donné le plaisir de me rendre en classe chaque jour.

L’audace des éducateurs également, dans leur aptitude à soutenir élèves et professeurs avec patience, tact, fermeté et affection. Ils m’ont donné envie de prendre le temps de ne pas juger le comportement de l’élève avant de le comprendre.

Le personnel administratif, peu visible du monde extérieur mais qui fait "tourner la machine" malgré des conditions matérielles compliquées. Ils m’ont donné envie de moi aussi être assez imaginatif pour ne pas m’arrêter devant l’obstacle administratif.

L’audace, mes élèves n’en manquent pas. Cependant, ils ne comprennent pas ce monde dont ils vivent quotidiennement les lacunes. J’ai confiance dans cette jeunesse qui a un sens critique aigu et qui n’est pas disposée à avaler sans comprendre. J’aime ce frisson qui me parcourt à chaque cours, conscient que si mon explication n’est pas claire, ils me le feront savoir, me rappelant ainsi l’essence de ce merveilleux métier : transmettre.

Il faut donc poursuivre inlassablement cet objectif merveilleux qui mènera la jeunesse aux portes de la vie adulte avec assez de confiance pour oser encore le savoir, non par obligation, mais par goût. Cette jeunesse, de ce fait, consciente qu’oser le savoir c’est se donner un sésame, s’ouvrir de nouveaux possibles, découvrir et savourer ses talents.

Une image me vient en tête : celle des explorateurs, inventeurs qui partagent tous le même point de départ : ils ignoraient en commençant leur démarche (voyages, recherches…) où elle les mènerait. Ils ont osé, dépassant la peur de l’échec, les inconnues, les préjugés. Belle ambition pour l’école et ses acteurs !

"Sapere aude", seront les premiers mots que, lors de la rentrée de septembre, j’écrirai à la craie sur le tableau. Je me réjouis déjà de l’étonnement de mes élèves, s’attendant à voir une équation et de la discussion que nous aurons !

Vive les vacances ! Vive l’école !

(1) : "Sapere aude" ou "Sapere aude !" est une locution latine à l’origine empruntée à Horace signifiant littéralement "Ose savoir !". Cette injonction est plus couramment traduite par "Aie le courage de te servir de ton propre entendement !" ou "Ose penser par toi-même" et est connue pour être la devise des Lumières selon Emmanuel Kant.