Une opinion du Dr Jean Creplet, ancien chef de service des hôpitaux, ancien maître de stage de l’ULB.


La politique se passe aux frontières entre les savoirs scientifiques et les lois que les humains se donnent pour gérer les relations entre eux. La sélection des médecins, les décisions économiques et les attitudes politiques appartiennent au vaste domaine des relations humaines. Ainsi, un physicien de l’ULB rappelait ce 5 septembre sur la RTBF première que "la croissance, l’économie, les licenciements, reposent non sur de la science mais sur de l’idéologie". A force de nier ces différences fondamentales la société devient schizophrène. Sur la même radio, une médecin, mère d’un candidat à l’examen de médecine, décrivait son étonnement devant un examen prétendant juger les qualités humaines de jeunes en plein développement pour décider de leur avenir médical.
La Libre du 4 septembre donne des avis académiques très critiques sur l’examen d’empathie médicale. Il n’existe pas de test pour l’évaluer dit un pédopsychiatre, il est ridicule d’éliminer un candidat brillant dans les sciences dures pour cause d’échec en empathie dit un professeur de médecine . La Libre du lendemain donne la réplique aux partisans de l’examen. Ils viennent de structures administratives soulignant les justifications académiques de telles dispositions partout dans le monde où existe une sélection des candidats médecins. Toujours la confusion entre position idéologique et savoir. L’idéologie est inévitable et respectable dans ses intentions, c’est son déguisement derrière le savoir qui pose problème.
Après des dizaines d’années de pratique médicale et une expérience de direction des services de médecine dans les hôpitaux publics, je suis sidéré devant la tournure que prennent les débats sur les aspects humains de la médecine.
Qui peut juger de l’empathie d’un médecin ? Les malades et leurs proches. Comment croire possible de juger à distance par questionnaire à choix multiple du comportement futur d’un jeune de 18 ans voulant faire la médecine ?
Dans les relations humaines, et surtout entre profanes et spécialistes comme entre malades et médecins, c’est à l’expérience que se révèlent les qualités construisant la confiance.
Les comportements ne sont pas des savoirs, même s’il existe des savoirs académiques très informatifs sur les comportements. D’ailleurs, les académiques les plus pointus sur ces savoirs ne cessent d’en souligner les imperfections.
Une des justifications annoncées pour l’examen d’empathie est la nécessité de corriger les inégalités à l’entrée des études supérieures. La seule façon de corriger ces inégalités est d’améliorer l’enseignement primaire et secondaire.

Si l’examen d’empathie était efficace, il devrait être appliqué à toutes les professions en charge de destinées humaines. A quand un examen d’empathie pour les candidats aux fonctions dirigeantes ?

La vraie question qui se pose : comment les relations avec les malades et leurs familles se passent-elles dans les organisations de soins ? Là, les malades vivent comment les médecins, les soignants et les gestionnaires partagent concrètement, pas dans de belles paroles, une véritable culture empathique.

C’est par le dialogue avec les malades et par l’exemple de leurs aînés que les candidats médecins apprennent l’empathie et autres qualités humaines, un effort à poursuivre tout au long de leur vie professionnelle.

Ma devise quand j’étais chef de service ? "Le malade a toujours raison jusqu’à preuve du contraire".