Une opinion du docteur Raphaël Jacquerye.

L’épreuve d’entrée aux études de médecine consiste en huit examens pour lesquels les étudiants doivent avoir au minimum une moyenne de 10 sur 20, et ne peuvent avoir pour une matière une cote inférieure à 8 sur 20. L’examen se présente sous la forme d’un questionnaire à choix multiples (appelé communément QCM), qui est un type d’évaluation qui requiert au candidat de sélectionner la bonne réponse dans un panel de choix proposés (quatre en l’occurrence).

Cette épreuve est divisée en deux grandes parties. La première concerne les compétences scientifiques : la chimie, la biologie, la physique et les mathématiques. La seconde partie porte sur des questions relatives au raisonnement, à la communication, à l’éthique et à l’empathie.

Voici les moyennes obtenues sur 20, en juillet 2019 dans chacune des matières, et entre parenthèses figurent les % d’étudiants ayant obtenu plus que 8/20.

Pour la partie 1, la chimie et les maths possèdent les cotes les plus basses, respectivement : 6,8 (39,7%) et 6,9 (40 %); la biologie : 9,5 (66,6%); la physique : 9,7 (66,7%).

Pour la partie 2 : raisonnement : 10,4 (76,4%); communication : 13,2 (96,9%); éthique : 13,3 (97%); empathie : 9,3 /20 (59,8%).

Quelles leçons en tirer ? Rien à dire sur les compétences dites scientifiques. Les résultats sont attendus. La chimie et surtout les mathématiques représentent les obstacles les plus évidents.

Quant aux tests de la seconde partie, la moyenne atteinte à l’examen d’empathie en juillet 2019 est plus basse qu’à la moyenne obtenue aux examens de physique et de biologie. C’est assez étonnant dans la mesure où les étudiants qui s’orientent vers ces études difficiles sont en principe ouverts au dialogue médecin/patient.

Echecs

De nombreux étudiants ont donc échoué, à leur grande surprise, en juillet 2019 à l’examen d’empathie. Comme l’échec dans une matière sur les huit impose de tout repasser, l’échec dans le test d’empathie conduit à repasser les examens dans les huit matières.

On admet qu’évaluer l’empathie sur une feuille de papier, c’est un pari osé. On peut réussir un QCM sur l’empathie, sans avoir d’empathie, comme on peut réussir un test QCM sur la justice sans avoir le moindre esprit de justice.

Devant l’hécatombe survenue en juillet 2019 au cours de l’examen relatif à l’empathie, il semble que certains membres du jury ont été embarrassés et ont invité le jury à modifier le test sur l’empathie pour le mois de septembre.

De leur côté, les étudiants ont compris, a posteriori bien sûr, qu’ils devaient non pas choisir la réponse dans laquelle le médecin donne un conseil au patient, cela crée une relation de maître à élève, mais qu’ils avaient intérêt à choisir la réponse dans laquelle le médecin dit comprendre son patient et se plaint avec son patient. En bref, le médecin doit manifester de la compassion avec empathie.

Les résultats ont dès lors été surprenants. Le taux de réussite au test d’empathie n’était plus de 59,8%, mais de 89,9 %.

Voilà comment on a augmenté de 40% le taux de réussite. Le jury a sûrement été soulagé de constater l’amélioration du taux de réussite dans le test QCM sur l’empathie.

Le jury

Autre bizarrerie de cet examen d’entrée, les questions peuvent être annulées par le jury après l’examen. Par exemple, si une grande majorité d’étudiants échouent à une question, le jury peut décider de l’annuler et de la comptabiliser comme réussie.

Cela a été le cas au test d’empathie où 5 questions avaient été annulées en juillet 2019 et 3 questions en septembre 2019. Tout cela semble très désordonné. Mais en fait, le jury annulerait les questions en fonction, semble-t-il, de son objectif, en l’occurrence atteindre globalement un certain % de réussite, environ 15%.

Signalons que le jury comporte bien entendu des médecins. Mais le président de ce jury est un psychologue. Pourquoi un psychologue pour présider ce jury ?

Par comparaison, les professeurs qui font passer les examens d’entrée aux études de bachelier en sciences de l'Ingénieur, n’auraient jamais l’idée de faire présider leur jury par un psychologue.

On peut douter que le psychologue qui préside le jury de médecine puisse apprécier les questions relatives à la physique, à la chimie, à la biologie ou aux mathématiques posées à l’examen d’entrée. Pourtant, les cours du premier bac de médecine seront essentiellement, pour ne pas dire uniquement, des matières dites scientifiques.

En conclusion, les futurs candidats à l’examen d’entrée en médecine sauront désormais qu’il ne faut pas répondre rationnellement à l’examen d’empathie, mais avec compassion.

Bonne chance aux futurs candidats en 2020.