J’aime mon université. J’y ai été étudiant et j’y enseigne depuis près de trente ans. J’aime mon université parce que c’est un lieu de liberté, un lieu de désordre et un lieu d’impertinence. J’aime mon université parce que c’est un creuset de la pensée libre et du combat contre tous les totalitarismes.

L’Université libre de Bruxelles a été, et se doit d’être toujours, un foyer de résistance. Ses auditoires, ses salles, ses squares portent les noms de ceux qui, souvent au prix de leur vie, ont combattu l’occupant nazi : Paul-Emile Janson, Jean Burgers, Jean Guilissen, Arnaud Fraiteur et tant d’autres Parmi ceux-là, il y avait le groupe D, dont les survivants, après la Seconde Guerre mondiale, ont prêté serment : " Nous ne nous laisserons pas frustrer du prix de la victoire par aucun fascisme, par aucune dictature car autrement nous commettrions vis-à-vis de nos camarades qui sont morts la plus grande des lâchetés" . Ces mots-là résonnent aujourd’hui amèrement. Car c’est dans mon université que Caroline Fourest n’a pu s’exprimer.

Parce qu’elle défend la laïcité, parce qu’elle combat les intégrismes. Parce qu’elle lutte inlassablement contre l’extrême droite. C’est dans mon université que des intégristes musulmans, braillards et sectaires, ont dynamité sa liberté de parole. Et le pire est que leur meneur est chercheur à l’ULB. C’est dans mon université qu’avec ses séides, Monsieur Chichah a craché son venin, sa haine, son inculture sur les valeurs qui sont les nôtres. C’est dans mon université que ces extrémistes ont sali l’image de tous les musulmans qui ne partagent pas leurs visions sectaires mais qui risquent d’être injustement assimilés à ces sinistres porteurs de cris. Henri Poincaré écrivait en son temps que "La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être" .

Aujourd’hui, ces mots qui incarnent le libre examen inscrit au fronton de l’Université libre de Bruxelles ne peuvent plus être que des mots. Ils doivent devenir une arme, un outil de résistance. Rien n’est pire que les libertés molles, affadies au nom desquelles tout peut se dire, tout peut se faire. La liberté d’opinion ne peut être terrassée par la liberté d’expression. L’intégrisme religieux d’aujourd’hui est bien le fascisme d’hier. Les attaques dont a fait l’objet Madame Fourest en sont la démonstration. Un miasme est une "émanation putride provenant de corps, de substances en décomposition" .

Tolérer au sein de l’Université du libre examen, des intégristes - comme celui-là même qui est à l’origine de la manifestation qui a réduit Madame Fourest au silence - serait une manière d’admettre que les valeurs de l’ULB sont déjà en décomposition. Il n’y a qu’une réponse à apporter, rejeter l’élément qui, par sa présence, ses attitudes, compromet l’honorabilité de l’institution dans son ensemble. Il nous faut, au sein de l’université et de manière plus générale dans la société, défendre inconditionnellement les libertés, la liberté de religion mais aussi l’incoercible égalité entre hommes et femmes, et cela passe assurément par un rejet radical des intégrismes. Mais le libre examen, c’est aussi oser se remettre en question. Ceux qui défendent la neutralité, voire la laïcité de l’Etat, se sont assoupis et de leur assoupissement a germé un intégrisme régénéré. Plus que jamais, il nous faut être vigilant, dynamique, constructif pour défendre les valeurs qui nous sont chères et les inscrire dans le marbre dur de notre société.

Bien sûr, il faut exclure le dénommé Chichah de l’ULB, mais bien au-delà il faut plus que jamais traquer l’intégrisme. Il nous faut reprendre le flambeau et garantir le respect du serment des membres du groupe D.