Professeur ém. aux Facultés Universitaires de Namur

Le nombre de prêtres a fort diminué dans les pays industrialisés. Les réactions sont aujourd'hui variées. Certains cherchent des solutions qui n'abordent pas le fond de la question, comme faire appel à des prêtres d'une autre culture (Africains ou des pays de l'Est), regrouper les paroisses en secteur ou accepter que des prêtres restent en poste jusqu'à un âge avancé (quand il devient très difficile de partager le pouvoir). Cette vision orthodoxe s'articule dans un refus d'envisager une modification profonde des services (ministères) dans les communautés chrétiennes et à l'absolutisation de la théologie du concile de Trente (XVIe siècle).

Ainsi, on y confierait beaucoup aux laïcs, mais un prêtre interviendrait au "bon moment". Une telle attitude apparaît parfois dans les pastorales des malades : des visiteurs les accompagnent, mais, au dernier moment, c'est le prêtre qui confère le sacrement (et, si possible, présidera aux funérailles). Pour certains, une théologie est sauve; mais, d'autres estiment que le visiteur des malades serait souvent plus à même d'animer le sacrement des malades. Et de même pour les autres sacrements. Le prêtre reste le monarque de la paroisse et la source de toute légitimité paroissiale. Dans une telle attitude, on peut s'attendre à ce que le prêtre ordonné fonctionne comme un commissaire à l'orthodoxie : celui qui veille à ce que tout se passe dans l'ordre. Parfois ce peut être très vivifiant et un prêtre évangélique peut faire vivre la parole. Mais après lui... ?

Une autre organisation de l'Église

Certains considèrent au contraire que la structure organisationnelle de l'Église doit changer. Estimant que Dieu a laissé aux êtres humains la tâche de construire des structures qui permettent de vivre l'Évangile dans notre histoire, ils n'attendent pas qu'une solution leur tombe du ciel.. Toutes les formes organisationnelles de l'Église doivent viser à ce que les gens aient la vie, et l'aient en abondance. C'est la seule norme inchangeable. Les ministères sont pour la communauté et pour le monde, et non l'inverse. Dans la perspective du dernier concile, lors d'une célébration, le célébrant est d'abord la communauté et non le prêtre. La réforme liturgique groupant la communauté autour de l'autel, plutôt que le prêtre dos au peuple, symbolise un changement de théologie.

Dans cette perspective, les sacrements et les célébrations sont destinés à faire vivre en profondeur ce que vit la communauté et ce vers quoi elle aspire. Plutôt que d'avoir des prêtres aidés par des laïcs, on aurait une communauté aidée par certaines personnes mandatées (ordonnées) pour un service particulier. Dans une perspective évangélique, ceux qui ont reçu un pouvoir de la communauté seront serviteurs. Et des personnes ne seraient pas habilitées à exercer un ministère parce qu'elles sont ordonnées mais elles seraient ordonnées (mandatées) par la communauté parce qu'elles exercent bien ce service.

Quels services pour quels besoins ?

Dans une première étape, on distinguerait divers besoins de la communauté. On partirait donc des besoins du peuple de Dieu et du monde, et non de structures ecclésiastiques ou d'"a priori théologiques" autres que l'implantation du Royaume de Dieu et de la justice dans le monde.

On pourrait, par exemple, considérer les besoins suivants (cette liste est purement indicative) :

- le service d'un groupe d'anciens coordonnant les différents services et donnant mandat pour les services de la communauté;

- une équipe de réaction rapide à des événements imprévus (action en faveur de la justice ou célébration d'un événement qu'il s'agit de vivre en profondeur);

- le service de l'eucharistie;

- le service d'action continue pour la justice;

- la formation de ceux qui exercent un service;

- le service de la gestion et de la comptabilité des biens de la communauté;

- la préparation au sacrement de la confirmation et à l'entrée dans l'âge adulte;

- le service de la communauté aux malades et aux mourants;

- le service de la communauté pour les funérailles et l'accompagnement du deuil;

- l'accueil des nouveaux membres, y compris leur baptême;

- la préparation et la célébration du mariage;

- la célébration du départ en retraite et les services du troisième âge.

Avec des équipes "ordonnées"

Face à ces besoins, des équipes devraient être constituées. Dans beaucoup de paroisses, elles fonctionnent déjà. Tout en travaillant en ligne avec le collège d'anciens, ces équipes devraient avoir une certaine autonomie de sorte qu'elles puissent résister aux tentatives éventuelles d'élimination par un nouveau curé qui ne voudrait pas une participation sérieuse des paroissiens.

Le plus difficile concerne sans doute le passage du pouvoir et son organisation. Trop souvent tout est laissé aux paroissiens, sauf que le prêtre veille à ce que "tout se passe bien".

On peut établir comme suit le scénario de fondation d'une équipe pastorale pour un domaine particulier (voir ci-dessus). D'abord amener les futurs membres de l'équipe à analyser les besoins et aspirations en ce domaine. Ensuite préparer ou mettre en oeuvre l'un ou l'autre scénario de fonctionnement. Le prêtre passant le relais indiquera alors comment faire tout en sachant que l'équipe agira peut-être autrement. Des sessions de formation théologique et de formation à l'animation seraient à prévoir. Enfin, il s'agira de mettre sur pied en paroisse une célébration de l'envoi de l'équipe en mission, de sorte que la communauté la soutienne dans ce qui lui est confié. Cela revient à dire que l'équipe est ainsi "ordonnée" pour ce ministère. Elle reçoit mandat pour mettre en oeuvre une dimension particulière de l'alliance entre Dieu et son peuple.

En finale, une telle organisation aboutirait à un nouvel organigramme pour une paroisse. Quel serait-il ?

- Le collège des anciens (presbytres) coordonnerait la paroisse, consoliderait son unité, symboliserait l'alliance en l'amour divin, et maintiendrait les liens avec les autres communautés chrétiennes. (Normalement, ce serait un membre de ce collège qui présiderait l'assemblée eucharistique, mais "présider" ne signifie pas nécessairement "animer".)

- Suivrait un bureau "exécutif", habilité à mettre en action des politiques établies par le collège des anciens et répondre aux questions qui se posent à la paroisse dans l'urgence.

- Pour chacune des fonctions ainsi exercée, une ordination serait une cérémonie liturgique au cours de laquelle les ministres recevraient leur mandat comme serviteurs de la communauté, et non comme ses princes. Cette cérémonie devrait mettre en scène que les structures visent à rendre visible l'alliance d'amour de Dieu avec son peuple et l'établissement de la justice.

- Les diverses équipes sont parées pour les besoins identifiés.

- Face aux besoins, les questions de savoir si les ministres ont fait telles ou telles études, sont des hommes ou des femmes, sont mariés ou pas, ont un mandat temporaire ou définitif, etc., sont secondaires.

Voilà une stratégie qui répondrait au problème de la diminution du clergé.