Une opinion de Drieu Godefridi, chroniqueur.

Je ne sais pas si, comme moi, vous avez noté la belle efflorescence de bornes radars d’un genre nouveau. Ces bornes sont faciles à reconnaître : immenses colonnes massives de près de trois mètres de haut, tout d’un tenant, vert-de-gris aux armes de la police fédérale, avec une merveille de petit "œil" à l’arrière, et un autre à l’avant.

On vient d’installer un exemplaire de cette belle réussite technologique belge sur le Dieweg, à deux pas de mon bureau. Pourquoi ? Parce que, sur le Dieweg, il y a deux écoles ! Ainsi, l’affaire est entendue : il s’agit de protéger la vie de nos enfants, vous préférez qu’on les écrase ?

Comment nier que la prolifération des radars ait permis de réduire considérablement le nombre de victimes de "la "violence routière" ? N’est-il pas légitime, dans ces conditions, de multiplier les radars, jusqu’à tant que chaque criminel de la route en puissance respecte enfin les limitations de vitesse, dans toute la chatoyante variété que nous leur connaissons ? Certes.

Osons cependant trois remarques.

Les études scientifiques indiquent que l’amélioration de la sécurité passive des véhicules, et non la vitesse, l’emporte sur la plupart des facteurs (taille du pays, composition, densité et qualité du réseau routier, population, composition du parc, présence de trafic international et touristique, comportement des usagers) dans la réduction de la victimisation sur la route.

Deuxième remarque : il se trouve, mais c’est une pure coïncidence, que cette lutte héroïque contre la terrible violence routière rapporte énormément d’argent à l’Etat. Bien sûr, ce noble combat est avant tout moral. Mais relevons tout de même que, du point de vue économique, un radar rapporte beaucoup plus qu’il ne coûte (aussi longtemps que les criminels routiers ne se mettent pas à les détruire, comme c’est actuellement chez les sauvages d’Armorique).

Observons enfin que la multiplication de ces yeux de l’Etat et de la vertu est concomitante du surgissement tellurique de tout un appareillage électronique, infiniment diversifié, de contrôle et de répression des citoyens, des caméras de sécurité qui pullulent désormais dans nos villes jusqu’aux fameux "portiques" destinés, en France, à recueillir "l’écotaxe" (dont 23 % du produit aurait été à un consortium d’entreprises privées appartenant, entre autres, à la banque américaine Goldman Sachs). En attendant qu’on généralise à tous les véhicules cette boîte noire - l’Etat comme passager permanent - qui permettra à l’administration de retracer tous vos déplacements motorisés…

Il ne s’agit ici que de quelques éléments disparates, qui n’ont d’autre prétention que de nourrir la réflexion de chaque citoyen, nullement de remettre en cause la beauté juste de la croisade de l’Etat contre la criminalité routière.

Concluons sur cette phrase de Benjamin Franklin : "Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux."

Disclaimer (dégagement de responsabilité) : Non, je n’ai pas été "flashé" par l’œil du Dieweg.

Une opinion de Drieu Godefridi, chroniqueur.