Une opinion d'Émeline Willocx, étudiante en 1er année de bachelier en droit à l’université Saint-Louis Bruxelles.

Je suis née le 19 avril 2002. Cela fait de moi une étudiante de la promotion 2020. Et quelle promotion…

J’ai trois grands frères qui sont respectivement de 4, 6 et 8 ans mes aînés, et une chose est sûre : ni la fin de leur rhéto ni leur première rentrée universitaire n’ont ressemblé à ce que j’ai connu.

Chaque tranche d’âge a été touchée d’une façon ou d’une autre par la crise du Covid-19. En tant que jeunes potentiellement peu à risque, il est évident que nous ne sommes pas en position de nous plaindre d’un quelconque sentiment de vulnérabilité, comme ce peut être le cas pour nos parents et grands-parents. Si la majorité d’entre nous n’a donc pas dû s’inquiéter pour sa santé physique, on ne peut pas en dire autant pour ce qui est de la santé mentale. Et c’est là l’un des nombreux effets collatéraux de cette crise du coronavirus…

Une fin de rhéto chaotique

Pour beaucoup, le confinement a été à l’origine de bon nombre de frustrations. Un voyage prévu de longue date, un Erasmus que l’on attendait depuis des années, la représentation d’un spectacle préparé depuis plusieurs mois : ce sont autant de projets qui ont été mis à mal par le confinement mais qui, pour la plupart, ont pu être ou pourront être reportés. Oui mais voilà, une année scolaire, jusqu’à preuve du contraire, ça ne se reporte pas…

En début de dernière année du secondaire, tous nos professeurs nous ont répété de ne pas “chômer” et de tout faire pour réussir sans examen de rattrapage, et ce, pour pouvoir profiter de notre fin d’année comme il se devait. Les choses ont évolué autrement, inutile de vous préciser à cause de quoi, ce mot est sur toutes les bouches pour le moment…

La déception de n’avoir jamais atteint la destination de notre voyage de rhéto et de n’avoir pas pu être proclamés en présence de tous nos camarades et de nos proches fut immense. L’annulation de ces événements qui, chaque année, rythment les dernières semaines de juin a laissé un sentiment d’inachevé à notre parcours dans le secondaire.

Notre diplôme en poche, on essaye de tourner la page et de passer outre la frustration. Au début des grandes vacances, les chiffres sont devenus encourageants, permettant ainsi d’assouplir les mesures, tant et si bien que je m’attendais à vivre un été et une rentrée universitaire presque normaux. Notre vie sociale nous a été en partie rendue, sous certaines conditions, les activités ont repris et mon staff et moi avons même pu organiser notre camp guide qui a été une vraie bouffée d’oxygène pour les animées comme pour nous. Nous avons pu goûter à nouveau aux joies des relations sociales et de la vie en groupe.

Une rentrée réglementée

Voilà maintenant deux semaines que je suis à l’université. Le choix n’a pas été facile, et pour cause, les événements de fin d’année destinés à informer les jeunes ont pour la plupart été annulés. Pourtant ça y est, me voilà inscrite en première année d’enseignement supérieur, prête à me lancer dans ce que devraient être “les plus belles années de ma vie”. Guindailles, rencontres et insouciance, voilà ce qui rythme en temps normal la vie étudiante en dehors des murs des auditoires. C’est d’ailleurs en ces termes que mes frères me ressassent avec nostalgie leurs années d’études. Seulement voilà, si vous ajoutez à cela le port du masque, le respect des distances de sécurité (un siège d’écart en auditoire), les cours en distanciel à la maison et l’absence de festivités et d’activités de rencontre qui en résultent, il ne reste pour ainsi dire pas grand-chose à envier à la vie estudiantine.

Nous sommes à un âge où l’on se cherche, et où l’on se trouve en partie à travers nos relations avec les jeunes de notre âge. Les réponses à nos questions ne se trouvent plus au sein du foyer familial, qui prend désormais place au second plan. Notre vie sociale devient notre raison de vivre. Sans elle, difficile de rester motivé en toutes circonstances et de faire face aux difficultés que nous traversons. À 18 ans, donc, nos relations sociales constituent précisément l’un de nos besoins fondamentaux, et c’est celui dont nous sommes momentanément privés.

Alors, on essaye de voir plus loin, de penser à ce qu’on pourra faire une fois que tout cela sera derrière nous. On essaye de rester positif, de se dire que la situation pourrait être pire et qu’un jour ça ira mieux…

Malheureusement, après des mois d’épidémie, les idées me manquent pour continuer à me convaincre de tout cela. Chaque mesure ajoutée nous donne l’horrible impression de voir s’éloigner liberté et insouciance, laissant place à l’anxiété et à la neurasthénie. L’inquiétude concernant les mois, les années à venir est réelle. Au fond, ce qui rend si insupportable cette situation, c’est avant tout de ne pas savoir quand il y sera mis un point final.