Opinions

Une opinion de Géraldine Duquenne, chargée de projet, Commission Justice et Paix.

Le but de la Conférence de Lima était de poser les jalons pour qu’un accord global et contraignant pour tous les pays de la planète soit conclu en 2015 à Paris. Un premier texte devait être adopté sous forme de socle juridique à amender ensuite. L’importance de l’enjeu a-t-il permis de dépasser le souvenir du bilan plus que mitigé de la COP à Varsovie ? Le point de discorde entre les parties est souvent le même. Les pays en voie de développement ne souhaitent pas prendre des mesures qui pourraient freiner le développement économique dont ont pu profiter les pays industrialisés, principaux responsables de la menace climatique actuelle. La COP20 s’achève sur un bilan inférieur aux attentes. Si les pays développés se focalisent sur des calculs stricts de répartition des émissions, les pays en développement s’attachent davantage au maintien de la différenciation et à la prise en compte de mesures d’adaptation.

Les pays émergents refusent de se voir imposer des efforts semblables aux pays industrialisés et invoquent la responsabilité historique. L’accord de Lima confirme que tous les pays déposeront des contributions à la lutte contre le réchauffement climatique avant mars 2015. Le secrétariat de la Convention effectuera ensuite une synthèse qui évaluera si les engagements pris sont suffisants pour rester en deçà du seuil des 2°c. D’ici au sommet de Paris, des groupes d’experts devront présenter un nouveau projet d’accord climatique mondial qui devrait entrer en vigueur en 2020.

Le Pérou, un exemple à suivre ? Là aussi, les discours s’écartent souvent des réalités. Ainsi, le président Humala déclarait en juillet 2014 que "les projets miniers devaient s’effectuer dans le respect de l’environnement et de la responsabilité sociale. Et que le Pérou était fier de son Ministère de l’Environnement et des standards environnementaux élevés imposés aux entreprises". Pourtant, face à une croissance en berne, le Congrès adopta la loi 30230 qui établit des "mesures fiscales, la simplification des procédures et des permis pour la promotion et la dynamisation de l’investissement dans le pays". Les compétences du Ministère de l’Environnement sont directement impactées, notamment la possibilité de créer des zones naturelles protégées ou de mener des processus d’agencement territorial.

Censées réactiver l’économie, ces mesures sont prises au détriment de la régulation environnementale. Le modèle économique du Pérou, fondé sur le secteur extractif et surtout minier, entre en tension avec la protection de l’environnement. Les cas de contamination des sols et des eaux à proximité des sites miniers sont innombrables. En effet, l’extraction des minerais nécessite des substances toxiques (mercure, arsenic, cyanure…) dont le traitement ultérieur fait défaut. Rappelons que 50 % des importations belges en provenance du Pérou en 2013 se composaient de "produits minéraux" et de "métaux communs".

Les récents engagements de la Chine et des Etats-Unis, responsables de 42 % des émissions mondiales, en matière de réduction des GES suscitent l’optimisme de nombreux observateurs.

Considéré comme un accord sans précédent, il pourrait augurer de véritables avancées en 2015. À nouveau, il s’agira de veiller à la concrétisation réelle des discours officiels. La décision de constitution d’un Fonds Climatique Vert2 en 2009, réaffirmée à Lima, en est un exemple.

Chaque année, le Fonds doit être approvisionné à hauteur de 100 milliards de dollars. Mais il peine à rassembler les financements promis. La Belgique ne montre pas l’exemple ! Elle n’a encore rien donné des 150 millions d’euros demandés sur 3 ans. Le rôle de la société civile internationale est crucial à ce niveau, tant du point de vue de la pression politique que de la poursuite d’une sensibilisation élargie. Assumer un engagement collectif dans la lutte contre le réchauffement climatique est essentiel au-delà des discours déresponsabilisants. Tout comme oser promouvoir le changement de modèle énergétique de nos sociétés qu’impose la réduction des émissions de GES.