Faut-il exclure M. Chichah de l'ULB?

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Faut-il exclure M. Chichah de l'ULB?
© Vince
L’intolérable s’est produit à l’ULB. Le mardi 7 février au soir, quelques dizaines de militants islamistes radicaux ont empêché un débat entre Caroline Fourest et Hervé Hasquin, en organisant un chahut dans l’auditorium K aux cris haineux de "Lapidez Caroline Fourest" et "Burqa bla-bla". Ils prétendaient ainsi protester contre une supposée islamophobie de la journaliste française.

L’opération, baptisée "Burqa Pride", avait été préparée de longue date via divers réseaux sociaux par un membre du corps scientifique, M. Souhail Chichah. Nous sommes nombreux, au sein de la communauté universitaire, à nous inquiéter.

Le principe fondateur de l’université du libre examen a été bafoué en la personne de Caroline Fourest, à laquelle nous n’avons pas su garantir un accueil décent. Mais c’est aussi et surtout l’intégrité intellectuelle et civique de l’institution qui a été foulée aux pieds. Ce qui s’est passé à l’ULB mardi dernier n’a plus rien à voir avec la libre expression, fût-elle très virulente, d’une conviction religieuse, pas plus qu’avec la défense d’une quelconque cause sociale. Il s’agissait de violence idéologique pure et simple.

Comment peut-on avancer le droit à la liberté d’expression pour tolérer ce qui fut précisément une négation de celle-ci ? Nous comprenons que, pour une institution universitaire, il est toujours délicat de prendre des mesures de rétorsion contre des fauteurs de troubles. Lorsque M. Chichah avait défendu les propos antisémites de l’humoriste Dieudonné, les autorités de l’université, interpellées par certains d’entre nous, avaient préféré tenter une conciliation dans l’espoir de garantir la paix sociale. Espoir vain, on le constate aujourd’hui ! Car, après la conférence houleuse de Mme Fourest en 2007, puis celle de Philippe Val quelques mois plus tard, c’était la troisième fois, mardi soir, que ce genre d’intimidation s’exerçait impunément dans notre université - et cela de manière toujours plus massive et virulente.

A vouloir éviter à tout prix le recours à la contrainte, le risque est grand de laisser la brutalité triompher contre le débat. Nous estimons que sanctionner de manière exemplaire les responsables du sabotage qui a eu lieu mardi soir, ce ne sera nullement faire preuve de refus "du religieux" - terme devenu d’une généralité vague qui permet trop souvent les manipulations et les amalgames. Ce sera, bien au contraire, soutenir tous les croyants démocrates, musulmans et autres, qui, partout dans le monde, comme l’a rappelé Caroline Fourest, résistent, en même temps que les non-croyants, de façon souvent héroïque aux extrémismes.

Si, cette fois encore, l’Université libre de Bruxelles restait sans réaction appropriée, elle ne mériterait plus le qualificatif de "libre" car, quelles que soient ses bonnes intentions, elle ferait preuve d’une véritable soumission face au fanatisme, en préférant ménager les susceptibilités extrémistes au détriment du respect dû à la parole et à la personne de ses hôtes. Si l’ULB cherche seulement à ne pas faire de vagues, si elle s’obstine à confondre l’égal respect de chacun avec la violence de quelques-uns, elle aura perdu non seulement son image mais sa dignité en renonçant à défendre le principe fondateur qui l’honore.

De nombreuses personnes extérieures à l’institution nous interpellent, elles ne comprennent pas, elles ne comprennent plus ce qu’elles considèrent comme une grave démission. Parmi elles beaucoup d’anciens, à qui nous ne savons que répondre. Monsieur le recteur, monsieur le président, rassurez-les. Et rassurez-nous.

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