Pourquoi, alors que beaucoup de lieux peuvent rouvrir - dont les parcs zoologiques - les célébrations religieuses publiques ne peuvent-elles pas reprendre? Un billet d'humeur de Mgr Guy Harpigny, évêque de Tournai.

Depuis le 4 mai 2020, le ministre de la Justice chargé des Cultes, Koen Geens, a demandé aux chefs des cultes reconnus par la Constitution de se mettre d’accord sur quelques principes et sur les lignes directrices d’un protocole technique efficace pour prévoir des célébrations au fur et à mesure du déconfinement.

Ce travail a été réalisé par les chefs de culte le 8 mai 2020. Il a été envoyé au Ministère de la Justice pour être proposé aux membres du GEES le 11 mai 2020. Comme représentant du culte catholique, avec mon collègue Mgr Johan Bonny, évêque d’Anvers, j’ai bien écouté
la conférence de presse de Mme Sophie Wilmès, Première Ministre, en fin du Conseil National de Sécurité d’après le 11 mai 2020.

J’ai appris que les funérailles et les mariages pouvaient être célébrés dans les lieux de culte
à partir du 18 mai 2020, en présence d’un maximum de 30 personnes. Pour la partie francophone du pays, c’était une avancée énorme. Dans des arrêtés des Gouverneurs de Province précédents, les funérailles dans les lieux de culte étaient interdites.

Ce qui m’a étonné, c’est que rien n’était annoncé pour la reprise des célébrations habituelles dans les lieux de culte. Selon moi, si j’ai bien compris, les célébrations des messes le dimanche et en semaine étaient reportées après le 8 juin 2020.

Or, en même temps, Pairi Daiza pouvait, sous certaines conditions, accueillir des visiteurs. J’étais abasourdi.

Je me suis demandé s’il ne fallait pas que je demande au Conseil de Fabrique de la Cathédrale de Tournai de demander à Pairi Daiza de faire venir quelques chameaux, lions, girafes et ours à la Cathédrale pour commencer des célébrations officielles de la liturgie catholique. Au moins, les fidèles (touristes) pourraient « assister à la messe ».

Une autre question se pose. L’Etat belge a-t-il les mêmes prérogatives que l’empereur Joseph II, le fils héritier de l’impératrice Marie-Thérèse, de la dynastie des Habsbourg ? Joseph II a été appelé le « roi sacristain » car il s’est immiscé dans le déroulement de la liturgie catholique et dans bien d’autres domaines des cultes. Il n’en avait pas le droit, aux yeux de l’Eglise catholique, mais aussi aux yeux de bien des intellectuels théologiens, canonistes, juristes et philosophes du droit de son temps.

Dois-je m’attendre que, lorsque le déconfinement sera autorisé pour la célébration publique dans les lieux de culte, un nouveau Joseph II se lève pour imposer sa loi aux cultes de Belgique ?

Ceci est un billet d’humeur. Beaucoup de catholiques sont étonnés de l’inexistence des cultes dans les annonces du Conseil National de Sécurité. Il est temps que cet aspect de la vie sociale soit pris en compte.


--> Titre de la rédaction. Titre original: Entre le chameau et Joseph II