L'année s'est immiscée et c'est nous 

qui devons la meubler d’un souffle.

Faire table rase, disais-tu.

Mais nous venons déjà de jeter janvier

devant nous telle une fausse promesse,

un peu de pain semé au ciel

en dessinant du regard un oiseau invisible.

A la file, nous vaquons toujours au désordre.

Cependant, nous entrons

en ces chemins contrariés

avec ce qui demeure de feu, d’immuable

en nos constructions d’allumettes,

nos châteaux de sable, nos élans,

nos précieux samizdats, nos résolutions.

Pour exaucer nos rêves encombrés

demeure sur nos routes,

en ce matin de février,

le mot espoir qui traîne.

Un espoir sans frémir, ni briller, ni falloir.

Jusqu’où le pousserons-nous

en nos maisons, coûte que coûte ?

Nous le posons sur une table,

puis sur la page à peine tournée.

Avec ce mot-là pour emblème,

nous pouvons au moins démasquer,

loin de la gueule de l’emploi,

deux lèvres entrouvertes au poème.

Note de la rédaction. Artiste migrateur, Carl Norac a élu domicile à Ostende. Il a été intronisé poète national le 29 janvier dernier 2020. Le poète national belge est désigné pour une période de deux ans durant laquelle il a pour mission d’écrire au moins douze poèmes sur des thématiques liées à l’actualité ou à l’histoire de notre pays ou de la société. Carl Norac offre à "La Libre" la primeur de ces poèmes nationaux.