Barcelone a connu sa dernière corrida dimanche, conséquence d’une campagne citoyenne du mouvement “Prou !” et d’un vote au Parlement régional. Comment l’analysez-vous ?

La Catalogne connaît un problème particulier. C’est une terre d’immigration avec de moins en moins de public attaché à la tradition. Ensuite les indépendantistes n’ont qu’une envie : se démarquer de l’Espagne et de ses symboles. La prohibition des corridas y est donc un fait plus politique. Un fait sur lequel reviendra certainement le conseil constitutionnel de l’Espagne qui re-autorisera dans un an ou deux les corridas.

Que répondez-vous quand ils dénoncent les souffrances des animaux et soulignent que la torture n’est pas de la culture ?

Ce sont les arguments publicitaires des animalistes. Peut-on comparer un homme et un taureau ? Un homme et un animal ? Un homme et une plante ? Les toreros ne sont pas des tortionnaires. J’élève des taureaux de combat et des bêtes à viande et j’ai plus de peine quand un veau va à l’abattoir que quand un taureau va combattre dans une arène. Les taureaux sont élevés comme des seigneurs pendant quatre ans et meurent avec grandeur au combat. Evoquer la torture est ridicule. Les tests le montrent : un animal à viande est beaucoup plus stressé dans un abattoir.

Une récente enquête de Gallup affiche que 80 % des moins de 45 ans en Espagne n’ont aucun intérêt pour la tauromachie. N’est pas un signe de changement des mentalités ?

On peut faire dire n’importe quoi aux sondages ! Il ne faut pas plaisanter : la tauromachie en Espagne, c’est la fiesta nationale. Les corridas, c’est 200 à 300 spectacles télévisés par an, 50 millions de téléspectateurs. La corrida est plus qu’un spectacle : c’est un rite devenu un art, la plus grande fréquentation après le football. Dans huit pays au monde - l’Espagne, la France, le Portugal et cinq pays d’Amérique du Sud - une profonde passion nous unit autour de cette tradition. L’interdiction de la tauromachie, c’est l’affaire de groupes avec beaucoup de moyens et qui se bougent mais ils ne l’atteindront jamais.

Après les Canaries et la Catalogne, vous ne craignez pas un effet domino qui aboutisse bientôt à l’interdiction de la tauromachie en France ?

C’est impossible. Les ferias sont les événements populaires les plus importants en fréquentation de tout le Sud, bien plus que le festival d’Avignon ou le carnaval de Nice. Derrière ça, ce sont des dizaines d’élevages, de la passion et des liens entre les générations. Il n’y a pas de hooliganisme dans les corridas mais bien un mélange de cultures et de classes sociales dans un esprit de fête. C’est intouchable. La tauromachie est autorisée par la jurisprudence dans une zone qui va de Fréjus à Bordeaux, dans le Grand Sud avec une identité bien à lui. Elle restera dans ses fiefs ! Je ne crois pas à l’effet domino. Au contraire, depuis quelques mois, la tauromachie est entrée dans le patrimoine immatériel de la culture française et les toreros français sont considérés comme des intermittents du spectacle. Et si on veut l’interdire, ce serait une vraie révolution et les gens descendraient dans les rues.

Pourtant les députés Muriel Marland-Militello (UMP) et Geneviève Gaillard (PS) ont déposé une proposition de loi visant à interdire les corridas en France.

C’est ridicule ! Ca ne passera jamais. C’est honteux, avec neuf millions de pauvres en France. Madame Militello ferait mieux de s’occuper de la misère dans son pays plutôt que de la tauromachie. Cette dame ne doit pas avoir les moyens intellectuels pour faire parler d’elle sur des dossiers politiques, alors elle s’amuse.