Opinions

Le dénouement catastrophique de l’affaire Eandis a une fois de plus illustré l’amateurisme de la politique énergétique en Flandre. Lors d’une assemblée extraordinaire ce 3 octobre, Eandis, le gestionnaire des réseaux d’électricité et de gaz des communes flamandes, a rejeté une offre de 830 millions d’euros de l’entreprise d’Etat chinoise State Grid. L’annulation de cet accord, après deux ans de négociations, a découlé d’une panique médiatique concernant une éventuelle mainmise du parti communiste chinois sur notre réseau d’électricité, d’un rapport de la Sûreté de l’Etat évoquant ses "conséquences géostratégiques" ainsi que du revirement du ministre responsable, Bart Tommelein.

Pourtant, les Chinois n’auraient obtenu que trois des quarante-huit représentants dans le conseil d’administration de la nouvelle société Eandis Assets. Cela ne ressemble pas vraiment à une mainmise. Plus important : Eandis Assets aurait connu la fusion de ses actionnaires, les sept sociétés intercommunales, propriétaires des réseaux dans différentes parties de la Flandre. Avec, à la clé, une harmonisation tarifaire.

Les premiers responsables de l’échec de toute opération de rationalisation et de modernisation ont été les Anversois, qui ont mené la fronde communale contre l’accord. Pour une mystérieuse raison, la distribution d’électricité à Anvers par la petite société intercommunale IMEA se fait à un tarif figurant parmi les plus bas d’Europe. Dans la richissime commune de Brasschaat, on paie pour la distribution d’électricité les deux tiers du tarif de l’intercommunale Gaselwest près du littoral. Quand on sait que sur la facture, le coût de la distribution dépasse largement le prix de l’électricité, on se rend compte de l’impact des privilèges de certains. Ce coût de distribution d’électricité est en réalité un impôt dissimulé sur un bien de première nécessité, financé par tous, pauvres comme riches. Cet impôt a permis à Eandis de verser en 2015 à ses actionnaires, les communes, 427 millions d’euros en dividendes.

La fusion avortée d’Eandis n’est d’ailleurs qu’un nouvel épisode de la piètre saga de la politique énergétique flamande. Début 2015, la Flandre avait subi une hausse des tarifs de distribution d’électricité de plus de quarante pour cent. C’était la conséquence d’une politique introduite il y a dix ans par les socialistes flamands : le fameux système des certificats verts qui a offert aux propriétaires de panneaux solaires des avantages considérables.

Les gestionnaires du réseau de transport d’électricité ont été obligés d’acheter ces certificats obtenus par les producteurs d’électricité verte. Par la générosité fiscale et financière excessive à l’origine du système, le nombre de certificats émis a explosé, provoquant ainsi des coûts énormes pour les gestionnaires du réseau de transport haute tension. L’ardoise des certificats verts s’est vite élevée à plusieurs milliards d’euros. Fin 2014, la VREG (le régulateur de l’Energie en Flandre) a permis aux gestionnaires des réseaux de répercuter dans leurs factures le coût des certificats payés aux particuliers et aux entreprises ayant installé des panneaux photovoltaïques.

Par la hausse des tarifs, tous les Flamands, même ceux vivant à la limite du seuil de pauvreté, ont donc cofinancé un système de subvention à ceux qui disposaient des moyens d’investir dans une installation photovoltaïque. Les pauvres ont subventionné les riches. Le refus de quelques communes flamandes au sein d’Eandis de fusionner et d’adopter un tarif unique de distribution d’électricité a consolidé la discrimination tarifaire.

Enfin, le résultat direct du refus de l’investisseur chinois sera que les modernisations du réseau flamand de distribution d’électricité en faveur de l’utilisation généralisée d’énergie renouvelable n’auront pas lieu dans un avenir prévisible.