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Une opinion de Florian Parmentier 36 ans, cadre Financier, marié et père de 3 enfants.


J’ai 36 ans, marié et père de 3 enfants, né et vivant en Belgique.

Je suis heureux de vivre dans mon époque et mon pays. Envers et contre tout. Mon époque et mon pays me procurent de l’information, de la sécurité, des droits de l’homme, des lois, des évolutions technologiques, des soins de santé, de l’enseignement pour mes enfants, des relations humaines riches, … Je suis conscient d’être privilégié de pouvoir les apprécier, même s’ils sont imparfaits.

Je suis tout aussi conscient que ces droits et avantages ont été durement acquis par nos ancêtres, et ne sont en aucun cas garantis pour l’éternité. Ils représentent ce que l’Humanité a créé de meilleur, et méritent que l’on se batte pour eux. Un combat que notre confort quotidien nous fait le plus souvent oublier.

Aujourd’hui, un nouveau combat s’annonce, de plus en plus inévitable. Celui pour notre Terre, son climat, sa biodiversité, et pour la pérennité de notre race humaine. Rien de moins.

Juillet 2019, après une première période de canicule en juin, une deuxième écrase l’Europe sous des températures jamais observées. 40,7 Celsius, record largement battu pour la Belgique. Pas un épiphénomène, mais plutôt un épisode appelé à se répéter de plus en plus fréquemment.

Le pays se réveille en sueur, commence à comprendre de quoi son futur sera de plus en plus fait. Commence à comprendre la chaîne d’implications que cela peut avoir : mouvements migratoires, conflits pour l’approvisionnement en eau, environnement naturel en mutation et appauvri, services et organisations à l’arrêt, … Les données sont là, disponibles depuis trop longtemps, attestant l’évidence du danger.

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) n’est ni une secte, ni un lobby, ni l’émanation de complotistes. C’est un groupe d’experts indépendants reconnus, représentant la quasi-entièreté de la communauté scientifique. Leurs rapports sur l’évolution du climat sont sans appel : notre climat terrestre est en danger à cause de nos activités humaines, et le retour de flamme risque d’être dévastateur si nous n’agissons pas immédiatement. Aujourd’hui, la question est même : dans quelle mesure pouvons-nous limiter les dégâts ?

Tout ceci est ressassé et bien connu de nombres de nos concitoyens qui s’informent décemment.

Aujourd’hui, certaines évidences s’imposent à moi :

  • Nos modes de vies occidentaux, qui font encore rêver les pays en développement, s’alimentent de capitalisme (qui consacre le droit de propriété) et de consumérisme (je consomme donc je suis)

  • Ces modes de vie et leurs valeurs sous-jacentes détruisent notre Terre nourricière, sont insoutenables, et doivent être radicalement changés

  • Il y a donc un besoin de rupture, qui fait peur car il nous fait plonger dans l’inconnu

  • Si cette rupture veut s’imposer définitivement, elle doit être fédératrice et mondiale :

    • Fédératrice, et donc découler d’un projet positif, porteur d’espoir, empli d’actions concrètes et ambitieuses. L’ensemble des énergies humaines positives doit être littéralement réveillé, déchaîné, motivé, encadré.

    • Mondiale : il s’agit du plus gros défi de l’Humanité, peut-être le dernier. Tout le monde est concerné, le climat et la pollution ne connaissent pas les frontières. Les citoyens du Monde doivent ensemble faire pression pour faire émerger une gouvernance mondiale puissante.

  • Cette rupture, en faveur du climat, de la biodiversité, nécessitent des investissements humains et financiers gigantesques.

  • En l’état de nos sociétés sur Terre, cette rupture ne peut avoir lieu sans une nouvelle et plus équitable redistribution des richesses. Les 2 thèmes sont inextricablement liés. Même étant en faveur de l’esprit d’entreprise et de la récompense du mérite et des efforts, qui peut encore accepter aujourd’hui que 26 milliardaires possèdent autant que la moitié de l’humanité ?

Je ne sais pas encore comment réagir face à ces évidences, que faire à mon niveau, par quoi commencer. Face au stress d’un danger, les hommes adoptent une réaction ou attitude du type Freeze, Flight ou Fight.

Freeze signifie la paralysie, Flight la fuite et Fight le combat. Face à ce danger du changement climatique, nous n’avons plus le choix. Seul le combat peut maintenir l’espoir de survie de notre espèce. Ce combat doit être individuel, si nous voulons être source de changement, nous montrer cohérent vis-à-vis de nous-mêmes, inspirer nos proches.

Mais aussi et surtout collectif, si nous voulons l’amplifier, et y inclure l’ensemble de la société, dont les négationnistes du climat, les passagers clandestins et les personnes morales peu concernées. Ce combat collectif aura d’évidence une dimension politique, dans laquelle nous devons investir avec persévérance, malgré les déceptions. Investir au minimum avec l’expression de nos votes utiles de rupture, au mieux avec de nouveaux engagements sincères, éclairés, audacieux.

Ce combat doit être porté au niveau mondial, avec le plus haut degré d’urgence et de coordination. Comme le célèbre équilibre de Nash dans la Théorie des Jeux l’illustre magnifiquement à mes yeux, la collaboration prime sur la compétition. Il est temps de tout miser sur la collaboration, et d’enterrer les vieux préceptes valorisant la compétition.

Autant nous y faire aujourd’hui, la vie telle que nous l’avons connue va changer, elle doit changer sous peine de n’être plus. Il y aura de la nostalgie, certains conforts quotidiens disparaîtront au profit d’autres bonheurs.

Mais si nous voulons éviter la fin de l’Humanité, et les guerres et violences qui l’accompagneront, nous devons la réinventer. La Rupture est nécessaire, aujourd’hui.