Les résultats des scrutins du 26 mai dernier obligent celles et ceux qui se sont présentés aux suffrages des électeurs à fixer un cap pour notre pays et à y impliquer les travailleurs. Comme organisations syndicales, nous sommes prêts à contribuer à cet objectif. 

Une opinion de Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la Confédération des syndicats chrétien, Robert Vertenueil, président de la FGTB et Olivier Valentin, secrétaire national CGSLB.

Il est sans doute prématuré de savoir si la nomination de deux informateurs pour sortir de l’ornière du 26 mai va apaiser des esprits surchauffés par le résultat de scrutins qui laissent le monde du travail dans un état de grande appréhension. Ces résultats prennent incontestablement racines dans les frustrations produites par l’absence d’un projet politique ambitieux à même de répondre aux préoccupations des travailleuses et travailleurs et couvrant les divers niveaux de pouvoirs.

Notre conviction est que les attentes du monde du travail exprimées à la veille des élections restent les mêmes après les scrutins du 26 mai : la nécessaire transition climatique, la prise en compte du besoin de protection des travailleuses et des travailleurs, un salaire qui permette de vivre et non de survivre, une carrière au cours de laquelle on ne s’épuise pas avec, à terme, une pension digne.

Demain comme hier, il sera urgent de disposer d’un plan d’investissement ambitieux dans des services publics et collectifs. La justice, les soins de santé nécessitent par exemple des investissements urgents et pérennes.

En termes de mobilité, il faudra fournir un effort massif pour le maintien et le développement de la desserte par rail, pour le développement des transports en commun et des modes de transport doux. Il faudra aussi articuler justice environnementale et justice sociale pour que les préoccupations environnementales se traduisent dans de meilleures conditions de vie pour tous, et d’abord pour les catégories les plus fragiles de la société.

Il est urgent et indispensable de réformer la loi sur la formation des salaires. La modération salariale qui sévit dans notre pays depuis trop longtemps n’est pas une fatalité. Les travailleurs doivent pouvoir bénéficier d’un juste retour aux efforts fournis et bénéficier d’une juste part de la richesse produite.

Le prochain gouvernement devra également travailler à l’aménagement global des carrières. Comme le rappelle le Conseil académique des pensions, les prochaines négociations concernant l’avenir des pensions doivent être ambitieuses, cohérentes et tenir compte du contrat entre générations et des évolutions sociétales.

Les partis politiques belges pourraient s’inspirer du travail de la Confédération européenne des syndicats (CES) qui a réuni son congrès à la veilles des élections. Cette organisation qui regroupe pas moins de 90 organisations syndicales en provenance de 38 pays a été en mesure d’adopter un manifeste avec une vision politique claire pour l'avenir de l'économie, de la société et du marché du travail en Europe. Il s‘agit d’une réponse à la menace qui pèse sur le contrat social qui sous-tend l'économie sociale de marché de l'Union européenne. Cette menace provient des mesures d'austérité mises en œuvre dans toute l'Europe, de la dérégulation de nos économies et du dumping salarial et social. Le mouvement syndical européen souhaite quant à lui bâtir une Europe plus juste pour les travailleurs basée sur un nouveau contrat social entre l’Etat, les entreprises et le monde du travail. Comme organisations syndicales belges, nous nous inscrivons pleinement dans les propositions de la CES pour une nouvelle politique économique progressiste et durable.

Même si la complexité institutionnelle dans laquelle se trouve la Belgique après le 26 mai est importante, chaque partie impliquée doit faire preuve de sérieux et de sens des responsabilités. Nous n’accepterons pas que cette complexité soit utilisée comme prétexte pour affaiblir les droits des travailleurs et pour pousser une majorité de la population dans la précarité. Nous attendons du prochain gouvernement qu’il construise un pays qui rassure, qui protège et qui cesse d’opposer fins de mois et fin du monde.