Une opinion d'Antoine Feron, citoyen et jeune fonctionnaire wallon.

Pour construire la Wallonie post-Covid, le Gouvernement wallon a lancé une vaste consultation citoyenne. Si les orientations des politiques publiques sont essentielles, le fonctionnement de notre système politico-administratif l’est tout autant. Pour aller vite et loin, il est important de disposer d’une machinerie performante.

Une réforme des cabinets ministériels permettrait de renforcer la performance du pilotage de la Wallonie.

La critique des cabinets ministériels n’est pas neuve. Depuis plus de cent ans, leur fonctionnement et existence sont remis en question. En l’an 2000, la réforme Copernic au niveau fédéral avait pour ambition de les transformer, en vain.

Quel est le problème ?

Les cabinets ministériels s’érigent en administration bis. Fort de plus d’une cinquantaine de collaborateurs, chaque cabinet s’immisce dans la gestion des administrations. Leur rôle naturel de conseiller en matière d’élaboration de politiques publiques s’élargit au suivi de l’exécution des politiques publiques et à la gestion administrative des services. Ainsi, les cabinets peuvent notamment contrôler les dossiers qui remontent de l'administration, prendre des décisions en matière d'organisation de services, organiser la répartition du travail au sein des équipes de l'administration et court-circuiter la hiérarchie. Ces rôles élargis déresponsabilisent l’administration et en politisent la gestion.

Leur composition déforce l’administration. En effet, la majeure partie du personnel est issue de l’administration via la pratique du détachement. Les fonctionnaires détachés continuent d’être payés par l’administration - le cabinet rajoute seulement un prime - et ne sont pas remplacés automatiquement. Le départ de ces experts vers les cabinets affaiblit le fonctionnement de l’administration.

Leur retour est également problématique. La fin de la législature s’accompagne d’un parachutage de cabinettards à des postes à responsabilité au sein de l’administration. Ces retours engendrent des maquignonnages politiques sur la sélection du management et contribuent à la politisation de l’administration.

La mise sur pied d’un cabinet constitue un coût d’entrée important pour rejoindre une coalition gouvernementale. Participer au pouvoir exécutif nécessite pour chaque ministre de trouver une équipe de cinquante personnes, compétentes, loyales et principalement issues de l’administration, pour diminuer les coûts. Tous les partis ne sont pas égaux face à cette tâche.

Comment réformer les cabinets ?

Deux principes peuvent guider une réforme des cabinets : recentrer leur rôle sur l’aide à la décision et les rapprocher de l’administration pour garantir la loyauté de cette dernière. Ces deux principes renforcent à la fois les cabinets et l’administration. Comment ?

En réduisant les effectifs. Une équipe d’une dizaine de conseillers se concentre sur l’essentiel : l’élaboration des politiques publiques et l’aide à la décision.

En couplant le cabinet avec l’actuel régime des mandats qui permet au gouvernement de nommer pour cinq ans les hauts fonctionnaires wallons. Le ministre s’assure ainsi de la loyauté politique de son administration tout en garantissant leur compétence. Les hauts fonctionnaires sont en effet titulaires d’un certificat en management public. L’entourage du ministre se compose alors de son cabinet et de ses hauts fonctionnaires.

En localisant le cabinet au sein de l’administration. Une proximité physique accélère la circulation d’information, la prise de décision et l’alignement entre l’administration et le politique.

En assurant la tutelle d’un ministre sur un ministère complet. Actuellement une administration peut se répartir entre plusieurs ministres. Pourquoi la cohérence des rassemblements administratifs n’est-elle plus pertinente lorsqu’elle franchit le niveau ministériel ?

Pour un pilotage performant de la Wallonie

Une telle réforme opérerait, sans augmentation budgétaire un changement systémique, de la relation politico-administrative permettant d’augmenter la circulation de l’information, d’accélérer la prise de décision et la responsabilité des acteurs. Des cabinets forts au sein d’une administration forte assureraient un pilotage performant de la Wallonie.

Cette proposition est la 2e proposition la plus plébiscitée parmi les 3000 contributions citoyennes. Le Gouvernement wallon pourrait proposer une réforme pouvant être mise en œuvre directement à la suite des élections de mai 2024.

Debout la Wallonie !