Opinions

L’atrocité des attentats commis à Paris a été d’une telle violence que le président de la République, dans son discours adressé à la Nation, a utilisé un mot terrible : "guerre". Or, dans le passé, alors que les conflits ont toujours existé, de mémoire historique, depuis la nuit des temps, ce terme n’était utilisé que pour désigner le combat dirigé contre un Etat, une structure politique ayant une assise territoriale, avec, en fin d’affrontement, la possibilité de négocier la paix. Dans les guerres, les belligérants s’en sont aussi pris aux populations civiles : bombardements de Londres par les Allemands, destruction de Dresde, Hambourg… par les Alliés.

Qu’importe pourtant la juste définition de la situation gravissime à laquelle le monde occidental est aujourd’hui confronté. Plus de mots : des actes. A commencer peut-être par identifier l’Ennemi. Car en effet, Daech n’est pas un Etat, même s’il s’est ainsi autoproclamé. A qui avons-nous affaire vraiment ? Et qu’est-ce ce qui nous est caché ? L’origine en est trouble et les premières étapes de sa création viennent d’Irak, pays laïque avant la chute de Saddam Hussein, dont d’anciens proches sont les fondateurs du mouvement. L’un d’entre eux, qui se déclare salafiste, fut pourtant accueilli en Iran, le pire ennemi de cette branche de l’Islam. Quels sont les Etats arabes qui soutiennent Daech ? On parle du Qatar, de l’Arabie Saoudite. Quelles en sont les raisons ? On est loin du débat spirituel : les intérêts économiques ont-ils utilisé la confusion avec la sphère religieuse comme arme, favorisant leur profit ? Pourquoi les Etats-Unis n’interviennent-ils pas aux côtés de la Russie pour éradiquer la progression du phénomène en Syrie ? A quand une communication des Institutions internationales, comme les Nations unies, qui dévoilerait au monde entier le dessous des cartes, que les services secrets de tous les pays connaissent sans doute déjà ?

La guerre et ses lois liberticides

Le futur proche risque d’être terrible. Non seulement parce que la vraie question concernant les attaques terroristes n’est pas de savoir si elles vont encore se produire, mais où et quand. Aussi parce que face à l’immensité du danger, les Nations démocratiques vont être confrontées à des prises de décisions dans l’urgence, dont il est à parier que suivant les réflexions classiques en matière de protection des droits de l’homme, celles-ci risquent d’être liberticides. Accroissement des contrôles aux frontières et dans les lieux à haut taux de fréquentation, renforcement des pouvoirs des services secrets et de la police, sans passer par une autorisation juridictionnelle préalable, prise systématique d’ADN de tous les citoyens, expulsion des imans aux discours provocateurs, fermeture de certaines mosquées…

Valeurs démocratiques et humanistes

Mais ce n’est pas tout de se préparer à la "guerre". Notre société repose sur des valeurs qui permettent de préparer la paix. Tel est le but qui ne peut nous échapper, malgré l’indicible qui frappe et nous frappera encore. Sur les réseaux sociaux, plusieurs s’expriment en stigmatisant l’organisation de l’accueil des réfugiés syriens, comme si tous étaient susceptibles d’être des terroristes profitant de la filière migratoire pour se glisser parmi nous. Non ! Les terroristes déterminés et organisés n’ont pas besoin de se faire passer pour des émigrés pour franchir nos frontières. Alors, surtout, ne changeons pas nos comportements à l’égard de ces familles. Ce n’est pas en respectant nos valeurs démocratiques et humanistes que les Etats se mettront en position de faiblesse. Bien au contraire. Ces personnes ont tant de choses à nous apprendre.

Et puis, le basculement de nos valeurs est un des buts proclamés de nos ennemis. Alors, d’accord pour la "guerre". Et comme disait le général de Gaulle : "La guerre, c’est comme la chasse : mais à la guerre, les lapins tirent…"