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Après ce que j’ai vécu, si j’ai un conseil à donner, et si vous subissez un cas de harcèlement, parlez-en le plus vite possible à un adulte. Une opinion de Céline, 16 ans, en cinquième humanité.


J’étais en secondaire, dans un lycée que je connaissais depuis toute petite – j’y ai passé la majorité de mon temps, depuis mes maternelles. En milieu de première, une de mes amies et moi nous sommes fâchées. Tout le monde l’aimait. Elle était la petite cheffe d’un groupe dont je faisais partie. Elle dirigeait tout mais je ne supportais pas qu’elle me dise quoi faire, alors, de temps en temps, je m’opposais à ce qu’elle disait ou me demandait. Je n’ai pas un caractère de rebelle, mais à ce moment-là, je voulais qu’on me respecte. On s’est beaucoup disputées mais sans conséquence grave.

Enfin, je pensais. Pendant une récréation, B. est venue me crier dessus devant tout le monde en m’accusant d’avoir raconté des choses fausses à tout le monde. J’étais accusée d’avoir créé un nouveau compte sur un réseau social pour m’envoyer un message à moi-même, de façon à rendre ma vie plus intéressante. C’est à ce moment-là que l’histoire a dégénéré. Tout le monde s’est mis avec elle. J’ai perdu de plus en plus d’amis, jusqu’au moment où il n’y avait plus personne sur qui je pouvais m’appuyer.

Situation “anodine”

Je pensais que cette histoire allait durer quelques heures et que le lendemain matin, tout serait oublié. Quand je suis arrivée à l’école, certaines personnes de ma classe me regardaient de travers, ne me parlaient plus, m’ignoraient. Au début, je ne comprenais pas ce qui se passait. Je me suis rendu compte que B. et mon ancien groupe de copines faisaient courir des rumeurs sur moi, comme celle du faux compte. Des élèves, dont certains que je connaissais à peine, venaient me voir pour m’insulter. En classe, je recevais des remarques déplacées ou bien des moqueries. À cause de B., des copines que je connaissais depuis les primaires ne voulaient plus m’adresser la parole.

Je me suis souvent retrouvée seule en classe. Pour faire des exposés, j’étais mise avec une autre personne qui était aussi seule. B. a réussi à m’isoler complètement. J’étais devenue une cible sur qui les élèves pouvaient se défouler.

Je n’en ai parlé à personne, pensant que ce n’était pas grave. Je ne voulais pas inquiéter mes parents et j’avais peur d’aggraver la situation en leur en parlant. Les professeurs et les éducateurs de mon école n’ont rien vu, ou ils ont fait semblant de ne rien voir. Personne, dans le corps enseignant, n’a essayé de m’aider. Dans ma tête, si tout cela était en train de m’arriver, c’était parce que je le méritais sûrement. Je me suis posé beaucoup de questions, je ne comprenais pas pourquoi du jour au lendemain tout avait changé. Je me suis persuadée que c’était de ma faute, que j’avais provoqué tout ça.

Mutilations et pensées suicidaires

Je pense que cette situation peut rester anodine d’un point de vue extérieur, je peux bien évidemment le comprendre. Je pense qu’il faut le vivre pour pouvoir comprendre. J’ai vécu cette situation pendant presque deux ans. Cet acharnement sur le moral a été tellement dur que j’en suis arrivée à un stade où toutes sortes d’idées me traversaient l’esprit, que ce soit la mutilation, ou encore plus extrême, le suicide. J’ai eu la chance que ma soeur soit entrée dans ma chambre lorsque j’ai eu l’une de ces idées. C’est à ce moment que j’ai compris la gravité de la situation. C’est grâce à elle que je n’ai pas fait de bêtises et que j’ai compris que ce n’était pas la solution pour régler le problème. J’ai alors décidé de changer d’école. Mes parents n’étaient toujours pas au courant de la situation.

Aujourd’hui, deux ans plus tard, cette histoire n’est pas terminée. L’année passée, suite à une session d’examens qui ne s’est pas bien passée à cause du stress, j’ai été voir une sophrologue pendant 6 mois. Elle m’a conseillé en fin d’année d’aller voir une personne plus spécialisée, et, à présent, je vais chez une psychologue chaque semaine. Cela fait trois mois que cette histoire est ressortie et maintenant, je veux et je suis déterminée à en sortir. Mais parents sont enfin au courant.

En parler

Aujourd’hui seulement, je remarque les conséquences et je suis en train de les subir. Je me sens en sécurité seulement à la maison. J’ai peur d’aller à l’école, j’ai peur du contact avec les élèves. Alors que je n’ai aucun problème relationnel avec qui que ce soit dans mon école actuelle. Je fais des crises d’angoisse la nuit suite à des cauchemars. J’ai essayé d’enterrer cette histoire pendant deux ans. Je n’aurais pas dû parce que ce que j’ai subi, c’est un traumatisme. Et un traumatisme refait toujours surface un jour ou l’autre si on ne le guérit pas. À force d’entendre que j’étais une connasse, une salope, une pute et j’en passe, j’ai bien fini par y croire. C’est pourquoi aujourd’hui, j’ai peur du regard des autres, je fais tout pour avoir une bonne réputation.

Si j’écris ce témoignage, c’est pour sensibiliser, pour faire agir. La plupart du temps il n’y a aucune justice face à un cas de harcèlement. Je pense que personne ne mérite de vivre ce genre de chose.

Mais on peut tous intervenir si cela se passe sous nos yeux. Il faut être des acteurs actifs et ne pas rester statique face à une situation de harcèlement.

Après ce que j’ai vécu, si j’ai un conseil à donner, et si vous subissez un cas de harcèlement, parlez-en le plus vite possible à un adulte. Ne faites pas la même erreur que moi, ne cachez pas ce qui vous est arrivé. Aujourd’hui, j’accepte le fait que j’ai été victime de harcèlement ; ceci fait partie de mon histoire, de ma vie.