Une lettre ouverte d'Alexandre Hames, président de la Fédération belge des prestataires de mariage, à la Première ministre, au gouvernement fédéral et aux présidents des Régions et à leurs gouvernements.

Il est temps d'ouvrir les yeux sur la réalité. Celle qui se dresse devant vous, derrière les quatre murs de votre Conseil National de Sécurité.

S'il y a d'ailleurs bien un mot que le secteur des prestataires de mariage n'est plus prêt de connaître, c'est celui-là : sécurité. A l'instar de beaucoup d'autres secteurs, c'est au contraire l'anxiété et la détresse qui règnent. La peur de ne pas survivre !

La situation est inédite à tous les niveaux. Et la Belgique entière vous est reconnaissante pour le travail colossal déjà effectué. Mais il est plus que nécessaire de régler quelques contradictions, dont de nombreuses inhérentes à notre secteur et de jouer carte sur table.

Il est temps d'ouvrir les yeux sur l'humain : les photographes, tailleurs, bijoutiers, traiteurs, wedding planners, fleuristes, décorateurs, couturières, officiants, maquilleuses, coiffeuses, vidéastes ... pour ne citer qu'eux.

Toutes ces petites mains aux structures modestes (la plupart comptent moins de 10 salariés) qui consacrent la majeure partie, voire la totalité, de leur activité à cette branche si spécifique de l'événementiel qu'est le mariage.

Il est temps d'ouvrir les yeux sur cet écosystème d'entreprises totalement oublié des aides gouvernementales, abandonné de toute solution d'urgence, de toute main tendue.

Il est temps d'ouvrir les yeux sur les incohérences du déconfinement. Les portes de Pairi Daiza et de Walibi sont ouvertes autorisant des milliers de personnes d'horizons différents à se croiser. Les bars et les restaurants sont remplis. Mais les salles de banquet doivent se limiter à 50 convives déjà autorisés à se voir dans le cadre familial.

Cinquante convives qui ne sont d'ailleurs qu'un mirage, une fausse promesse, le personnel lié au traiteur, le photographe et la dizaine d’autres prestataires présents étant intégrés dans ce nombre.

Il est temps d'ouvrir les yeux sur des directives qui ne laissent que l'illusion d'un retour à la normale pour nos métiers. Les discours clament hauts et forts que nous pouvons travailler. Mais, de facto, cela est impossible pour des mesures de sécurité, des mesures pratiques, ou, simplement, car un mariage de 50 personnes (prestataires sur place compris) n’est presque pas possible… Il est temps de nous consulter et de ne pas imposer des directives qui ne sont pas adaptées, par manque de connaissance du secteur, à la réalité du terrain.

Il est temps d'ouvrir les yeux sur la confusion et l'ambiguïté des règles mises en place. Pourquoi un marché avec des dizaines de marchands est autorisé mais la distribution de zakouskis par un traiteur, même avec échoppe, ne l'est pas ? Pourquoi peut-on, dès le 1er juillet, côtoyer des inconnus au cinéma, au théâtre ou lors d'un concert alors qu'il est interdit de rassembler 2 familles lors d'un mariage ?

Il est temps d'ouvrir les yeux sur le secteur des prestataires de mariage. De se rendre compte qu'ils sont totalement délaissés et qu'aucune perspective n'est annoncée. Les kermesses et fêtes de village sont autorisées à partir du 1er août mais rien n'est annoncé quant aux mariages. Le secteur se trouve dans l'incapacité d'anticiper, de se préparer et tout simplement d'informer ses clients.

Il est temps d'ouvrir les yeux sur la saisonnalité de notre secteur. Les mariages ayant lieu majoritairement entre avril et septembre, le business des prestataires est proche du néant d'ici avril 2021 !

Il est temps d'ouvrir les yeux sur les chiffres, vu que ceux-ci semblent surpasser l'humain en temps de crise : la moyenne belge de 45.000 mariages va chuter et avoisiner les 4.500 cérémonies en 2020 ; les quelques 500 Millions € de chiffre d'affaires vont muter en une bouchée de pain, à peine de quoi survivre en attendant l’année prochaine ; le risque de faillite estimé par les membres de la Fédération Belge des Prestataires de Mariage est de 35 à 40% !

Il est temps d'ouvrir les yeux sur nos appels à l'aide incessants, presque indécents. Entendus et relayés par quelques médias, ils se heurtent malheureusement à l'imperméabilité de la sphère politique, réduisant à néant les efforts d'une communauté toute entière. Toutes nos demandes précédentes ont échoué sans même une réponse de vos instances.

Il est temps d'ouvrir les yeux sur l'avenir.

Pour simplement nous en donner un.

Il est temps d'ouvrir les yeux, sans quoi nous fermerons les nôtres.

Titre de la rédaction. Titre original : "Il est temps d'ouvrir les yeux !"