Une opinion de Laurent Hublet, directeur du campus numérique BeCentral, à Bruxelles.

Ces derniers jours ressemblent à un grand sprint collectif. Il faut courir pour que les hôpitaux ne débordent pas et qu’ils disposent de matériel adéquat. Pour que le télétravail se mette tant bien que mal en place dans les entreprises qui peuvent y recourir. Pour que les enfants soient occupés intelligemment à la maison etc. Jusqu’à présent, le sprint collectif couru par les Belges semble être efficace. Le nombre de cas d’infections continuent à croître, mais la progression diminue légèrement depuis quelques jours.

La phase du marathon

Cependant, on n’est pas sorti de l’auberge. Le sprint n’est pas complètement terminé. Et une deuxième phase, tout aussi difficile que la première, va débuter : le marathon. Il va falloir tenir dans la durée, rester confinés pendant plusieurs semaines pour que le nombre quotidien de nouvelles infections baisse durablement.

Comment va-t-on courir ce marathon collectif ?

Les approches proposées jusqu’à présent visent essentiellement à l’égalité. Le chômage simplifié de masse revient à mettre en place un revenu universel pendant la durée de l’épidémie. Les garanties trans-sectorielles sur lesquelles le gouvernement et les banques se sont mises d’accord à la fin du weekend renforcent également l’arsenal égalitaire. Ces mesures étaient indispensables. Mais sont-elles suffisantes ? Certainement pas. Parce que nous ne sommes pas du tout égaux dans l’effort demandé face à cette épidémie.

Deux secteurs sont particulièrement sollicités : les soins de santé et la chaîne logistique.
Les personnels y sont mis à rude épreuve, en particulier en première ligne. On parle ici d’agent.e.s de nettoyage dans les hôpitaux, d’aides-soignant.e.s, d’ambulancier.e.s, de caissièr.e.s, de camionneurs, de logisticiens dans les centres d’approvisionnement,…

Ces coureurs du marathon Covid-19 sont, pour beaucoup, mal payés et mal considérés.
Pourtant, ces personnes prennent des risques énormes pour leur propre santé au bénéfice de la nôtre. Elles subissent tout le poids de la mise à l’arrêt de certains mécanismes de solidarité comme l’école. Peut-on accepter, collectivement, que les enfants des gens qui permettent à notre société de ne pas s’écrouler attendent à la garderie pendant que les enfants de parents travaillant à la maison continuent à apprendre, voire bénéficient de cours particuliers élaborés sur mesure ? Est-il équitable que nombre des gens qui courent le marathon des soins ou de la logistique gagnent à peine plus que le chômage ? Qu’ils gagnent moins que ceux qui restent à la maison, du fait d’allocations spéciales mises en place dans certaines régions ? Ce n’est pas juste, et ce n’est pas tenable dans la durée.

Débloquer des primes substantielles pour les personnes qui nous permettent aujourd’hui de vivre

Ce lundi, le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, a annoncé le versement d’une prime de 1000€ nets à ses salariés sur le pont. Il faut saluer ce geste, et inviter les distributeurs belges à faire de même. Et si les pouvoirs publics ont pu, à raison, débloquer des budgets pour l’horeca, le tourisme, les indépendants ou les entreprises, il est maintenant de leur devoir moral de débloquer des primes substantielles pour les personnes qui nous permettent aujourd’hui de vivre.

Et il ne s’agit pas uniquement de soutien monétaire. Les marathoniens du Covid doivent être les bénéficiaires prioritaires du testing à grande échelle. Nous leur devons de nous assurer qu’ils vont bien et qu’ils ne s’épuisent pas. Que ferons-nous si leurs rangs sont décimés dans quelques semaines ?

De plus, il faut mettre en place des dispositifs de soutien ciblés pour ces personnes. Pourquoi ne pas imaginer que les instituteurs et professeurs puissent donner cours aux enfants des marathoniens du Covid-19, à distance ou dans les écoles en respectant les règles de distanciation sociale ? 

Tous les soirs à 20h, nous applaudissons les marathoniens du Covid-19. Notre santé et notre avenir économique reposent sur leurs épaules. Pourtant, pour la plupart, ces personnes ne sont pas les "gagnants" de notre société. Le temps est venu, non seulement de mieux les considérer, mais aussi de vraiment les récompenser.