Une chronique d'Audrey Vandeleene, postdoctorante à l’UGent.

Désigner un gouverneur de province n’est pas une mince affaire. L’Open VLD et la N-VA s’en sont bien rendu compte.

C’est une histoire à rebondissements qui a commencé par une dispute et en a généré plusieurs autres, même si les intentions étaient louables. Comment celle-ci se terminera-t-elle ?

Il était une fois deux partis politiques qui se disputaient un poste de gouverneur de province. Malgré les compétences réduites de la fonction (principalement liée à la sécurité civile et au maintien de l’ordre public, en plus de rôles protocolaires), son aura reste remarquable et les partis accordent encore de l’importance à qui occupera ce siège symbolique. En 2013, quand le poste de gouverneur de Flandre orientale a été à pourvoir, l’Open VLD et la N-VA se sont montrés intéressés. La N-VA a alors obtenu que le candidat qu’elle soutenait (bien que lui-même se soit déclaré indépendant) soit désigné gouverneur. Une seule condition avait été posée : que les futurs gouverneurs soient sélectionnés au moyen d’une procédure indépendante. Il est vrai que la répartition des postes de gouverneurs découle traditionnellement de petits arrangements entre amis (de la majorité régionale en place) sans transparence sur le processus de sélection, comme cela peut être le cas pour d’autres hauts fonctionnaires.

La suite de l’histoire s’est déroulée comme prévu. Quand le gouverneur de Flandre orientale s’est approché de l’âge de la pension, un appel à candidatures a été lancé. Une centaine de personnes ont tenté leur chance, et quinze ont été retenues. En octobre 2018, plusieurs ministres du gouvernement flamand ont auditionné ces candidats, et c’est précisément là que les choses ont mal tourné. La N-VA a soutenu le candidat arrivé en tête de la sélection, mais l’Open VLD a désiré placer une autre candidate, dont les résultats aux tests se révélèrent moins bons, selon des fuites dans la presse. S’en sont suivi de longues tractations d’une année, pour qu’en décembre 2019, le nouveau ministre en charge des Affaires intérieures, le libéral Bart Somers (ayant succédé, cocasse, à la N-VA Liesbeth Homans) annule finalement la procédure. L’histoire pouvait alors recommencer à la première page : pas de consensus, pas de gouverneur. Depuis, c’est le commissaire d’arrondissement qui exerce les fonctions, mais il est lui aussi arrivé à l’âge de prendre sa retraite. Devant le fiasco du remplacement de celui qu’il remplace (suivez-vous toujours ?), le ministre lui a accordé une dérogation pour rester en poste, le temps de trouver un nouveau gouverneur satisfaisant tous les décideurs.

Entre-temps, il ne vous aura pas échappé que des élections régionales ont eu lieu et qu’un nouveau gouvernement flamand a été mis en place. Dans l’accord de gouvernement, la fonction de gouverneur y a été quelque peu étoffée (notamment en l’orientant davantage vers un rôle de conciliateur et de tisseur de liens entre les communes et la Région flamande - tout en exerçant des fonctions attribuées par le niveau fédéral). Cette redéfinition du rôle est ce qui a motivé "la mise à la poubelle" de la procédure entamée plus d’une année auparavant. Cette décision n’a pas plu à plusieurs candidats auditionnés pour le poste, dont le candidat classé premier. Ceux-ci ont écrit une lettre ouverte au gouvernement flamand, réclamant qu’il suive le chemin du renouveau emprunté pour la nomination d’autres hauts fonctionnaires (c’est-à-dire vers une sélection transparente et objective). Les candidats déçus sont quant à eux soutenus par deux partis de l’opposition, le SP.A et Groen. Les nominations politiques, c’est le retour au temps des dinosaures, font-ils remarquer. Non sans surprise, les partis de la majorité préfèrent les nominations directement effectuées par les partis, la fonction n’étant pas, selon eux, apolitique.

L’histoire n’est pas terminée, car deux autres postes de gouverneurs seront bientôt vacants (dans le Limbourg et le Brabant flamand). Trois postes libres, trois partis dans la majorité flamande. L’histoire est trop belle pour être vraie. La fin des petits arrangements entre amis ? Bientôt, bientôt…


Titre et chapeau sont de la rédaction. Titre original : "La désignation des gouverneurs ou une belle tentative d’en finir avec la politique politicienne".