Non, on ne découvre pas un pays en visitant ses prisons. Plutôt qu’une visite au zoo, adultes et enfants ont intérêt à aller à la rencontre de la nature dans leur quartier ou à proximité de chez eux, dans nos réserves naturelles. Une opinion de Michel Fautsch, ingénieur agronome, conseiller en biodiversité.

La semaine dernière, les médias se sont fait l’écho d’une polémique animale née sur les réseaux sociaux. À la source de ce déferlement, une décision communale isolée de ne plus permettre la visite d’un zoo dans le cadre d’une activité scolaire. Rien de bien méchant jusque-là sauf lorsque les farouches partisans de ces lieux de mise en spectacle du monde animal en profitent pour attribuer à ces endroits des vertus qu’ils n’ont pas.

Simulacre

Il faut dire que la captivité imposée aux animaux et l’exposition de ces emblèmes du sauvage dans un pâle simulacre de leur habitat naturel font couler beaucoup d’encre et cela de longue date. En réaction, les zoos ont renouvelé… leur nom : parc zoologique, domaine animalier, bioparc, réserve d’animaux sauvages, etc. Mais ce changement de nom s’est-il accompagné d’un changement de pratique ? Si la taille des enclos s’est agrandie, la recherche d’un contact toujours plus intime avec chaque visiteur s’est aussi immiscée dans la mise en scène de la plupart des espaces. Aujourd’hui, on peut toucher, nourrir et surtout repartir avec le cliché forcément unique de son animal préféré, si possible doublé d’un selfie inoubliable avec lui. On peut désormais pratiquement dormir avec lui !

D’ailleurs, ces stars du monde animal ont désormais chacune un petit nom bien à elles, voilà qui est bien pratique quand il s’agit de distribuer la ration quotidienne à plusieurs milliers d’animaux, concentrés on ne peut plus naturellement dans l’oasis planétaire de la biodiversité. Le tableau est parfait, l’image fait la marque qui fait le succès.

Un effet pédagogique discutable

Alors que certains n’hésitent pas à recommander la visite au zoo comme outil de sensibilisation des hommes à la nature, il n’existe pas d’étude sérieuse qui démontre un effet quelconque à ce niveau. Et quitte à étudier l’impact pédagogique des zoos, on pourrait tout autant s’intéresser à leur effet sur les modes sans cesse renouvelées pour les NAC, ces "nouveaux animaux de compagnie", plus exotiques les uns que les autres mais pas toujours sans risque. Des animaux détenus par des particuliers dans des conditions parfois déplorables.

Depuis bien longtemps, des collections d’animaux sauvages ont été réalisées par les hommes sous la forme de ménageries diverses. Le zoo d’Anvers a par exemple été créé en 1843 et vu sa notoriété, on peut penser que ses prétendus effets pédagogiques auraient eu le temps de se déployer dans la population belge. Observer à quelques mètres des animaux parfois rares et menacés ne mobilise pas forcément en faveur de leur nécessaire protection et pire, il peut créer un faux sentiment de situation sous contrôle. Protéger le tigre du Bengale dans son milieu naturel ? À quoi bon, il est bien dorloté dans son zoo !

Explorer nos réserves naturelles

À l’inverse, les réserves naturelles proposent par exemple bon nombre de sentiers pédagogiques où l’on peut découvrir la vie sauvage et les paysages naturels tels qu’ils subsistent réellement. De tels lieux mériteraient d’être mieux financés et valorisés pour favoriser une sensibilisation bien plus sensée. Ça se passe dans l’environnement proche de chaque observateur, c’est concret et c’est en lien étroit avec les menaces directes qui pèsent sur la nature. Ainsi, à côté de la réserve, on construit un nouveau zoning, on pulvérise ou, au contraire, on replante une haie, on recrée un réseau de mares, etc. Une fois sensibilisé, l’observateur peut contacter les naturalistes du coin pour en apprendre davantage sur les espèces présentes, s’investir dans un groupe local pour mener des actions de restauration ou partir à la découverte d’autres lieux proches.

Bêtes de foire et évasions

Mais au zoo, on a trouvé la parade et on participe aujourd’hui à de multiples programmes de sauvegarde voire de réintroduction d’espèces au bord de l’extinction. Fort bien et utile dans certains cas mais toutes ces actions sont aussi très bien menées dans les habitats d’origine des espèces et à tout le moins sans cette obligation de faire des derniers représentants d’une espèce de quasi-bêtes de foire.

Au rayon impact biodiversité, il y a aussi les évasions des lieux de captivité dont on parle peu et qui parfois peuvent se transformer en problème environnemental, voire en véritable invasion biologique. Des impacts à long terme, particulièrement difficiles à contrer. Ainsi au départ d’une modeste collection anglaise, l’érismature rousse, un canard américain, a colonisé la plupart des pays européens mettant à mal la survie de l’érismature à tête blanche, une espèce en danger d’extinction, originaire de la région méditerranéenne et d’Asie. Une fois que le mal est fait, les moyens publics à mobiliser pour lutter contre ces espèces sont parfois colossaux et la plupart du temps issus des maigres budgets dévolus au développement de la nature.

Là où on peut agir

Plutôt qu’une visite au zoo, autant les adultes que les enfants ont intérêt à aller à la rencontre de la nature dans leur quartier ou à proximité de chez eux. Il revient aux pouvoirs publics d’encourager l’accès et le développement de cette nature proche. Ce sera certainement une manière bien plus efficace de faire de chacun de nous des citoyens sensibilisés et investis dans la protection de notre environnement.