Une opinion de Guy de Callataÿ, administrateur bénévole de l'ASBL "El Amanecer".

Plutôt que de vouloir condamner un prétendu "coup d’État", il faut se réjouir de cette transition du pays vers un système plus démocratique et constitutionnel.

En tant qu’administrateur bénévole d’une ASBL qui vient en aide à des enfants (et leurs familles) d’indiens très pauvres en périphérie de Tarija en Bolivie, je voudrais réagir à l’article paru dans cette rubrique le 27 novembre dernier. En appelant à condamner un soi-disant "coup d’État", les auteurs de cet article ont pris un parti très orienté et tendancieux qui ne reflète pas la réalité du terrain.

D’abord, comment parler de "coup d’État", alors que, sous les vives protestations d’une grande partie de la population, le Président Evo Morales a démissionné et s’est enfui au Mexique ! Pour rappel, Evo Morales, au pouvoir depuis 14 ans, avait perdu le référendum pour sa réélection, et les résultats des élections du 10 novembre lui attribuant la victoire au premier tour ont été manipulés, ce qu’attestent de nombreux observateurs internationaux. C’est ce résultat truqué qui a provoqué d’amples protestations de toute la population, y compris parmi des Indiens d’origine qui ne voyaient plus les fruits d’une progression sociale.

Il faut évidemment se réjouir de l’amélioration sociale qu’a vécue la Bolivie au cours de la dernière décennie ; mais ces dernières années, certaines communautés indiennes ne voyaient plus cette croissance, puisque le gouvernement d’Evo Morales favorisait essentiellement les Cocaleros et les ethnies dont il était proche. Il faut rappeler que la Bolivie reste le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud alors qu’il détient d’importantes ressources gazières et possède plus de 25 à 40 % des réserves mondiales de lithium, matériau essentiel pour les batteries de l’électronique et des voitures électriques. La population réalisait depuis quelques années que la politique d’investissement d’Evo Morales pour le développement du pays n’était plus en adéquation avec le bénéfice des rentes économiques de ces ressources, suite à une mauvaise gestion qui ne redistribuait plus les bienfaits à toute la population.

Que s’est-il passé après la fuite d’Evo Morales et la démission collective de ses proches : c’est par dévolution légale que la responsabilité nationale revenait à la deuxième vice-présidente du Sénat, Jeanine Añez, qui a manifesté tout de suite sa volonté d’organiser la tenue de nouvelles élections démocratiques, sans exclusion.

Même s’il y a eu une période de flottement, bien compréhensible vu les conditions de vie dans ce pays, il faut souligner ce qui s’est récemment concrétisé de façon démocratique. Au lieu d’annoncer les prochaines élections par décret présidentiel, la Présidente intérimaire Jeanine Añez a réussi à remettre en route le Parlement, avec la participation active et positive de tous les partis politiques, y compris la participation des nombreux parlementaires du MAS (le parti d’Evo Morales). Et c’est ce Parlement d’unité nationale qui a voté la loi tant attendue des prochaines élections.

Il faut donc aujourd’hui se réjouir de cette transition vers un système plus démocratique et constitutionnel, plutôt que de parler de condamnation de coup d’État, et d’une opposition réactionnaire et fasciste en citant le milliardaire Camacho, comme le soulignaient les auteurs de l’article. Que représentent ce Fernando Camacho et son parti d’extrême droite : à peine 10 % (ce qui est malheureusement dans la ligne de nos pays démocratiques européens). Il est significatif de souligner qu’à l’intérieur du parti MAS s’est développée une frange sociale-démocrate qui ne veut plus cautionner les dérives autoritaires de l’ex-Président Evo Morales et veut participer à une transition démocratique.

En conclusion, il faut continuer à aider au développement de la Bolivie, et plus particulièrement sa population indigène extrêmement pauvre ; c’est d’ailleurs la raison d’être de notre ASBL belge qui travaille en partenariat avec une ONG bolivienne.