Une chronique de Xavier Zeegers (1).


Quelles formes auraient d’autres systèmes vivants ailleurs et à quel niveau de développement sont-ils arrivés ?

C’est obligé. Etant la patrie du premier adolescent ayant débarqué sur la Lune (avec son chien) et de Georges Lemaître, inventeur de l’atome primitif (dit big bang), c’est forcément la Belgique qui peut être fière de ses astronomes liégeois qui viennent de découvrir trois exoplanètes aux caractéristiques proches de la Terre grâce au télescope Trappist. Je suggère donc qu’on les nomme Chimay, Orval et Westvleteren.

Inutile de s’emballer diront certains. Ces recherches de potentielles niches de vie sont trop lointaines et dispendieuses, et on ne saura jamais à quoi ressemblent d’éventuels frères et sœurs égarés comme nous dans l’Univers. Aucun intérêt, cherchons plutôt des formes d’intelligence sur Terre.

Objection votre Honneur ! Le coût ? Il ne faut pas confondre astronautique et astrophysique. Des millions de dollars ont déjà été dépensés en moult études en vue d’un vol humain vers Mars; projet qui revient comme un mantra. Il se fera peut-être, mais à un coût… astronomique. Et mortel car avec le vent solaire les astronautes reviendront avec un cancer généralisé. Le mieux serait de grappiller et ramener des échantillons avec des sondes, comme les Soviétiques le firent sur la Lune durant les missions Apollo, à moindre coût, et sans tambour ni crainte car le crash d’un robot n’est pas un drame. Observer la luminescence décroissante d’une étoile lors du passage d’un de ses satellites ne coûte quasi rien, bien moins que les instituts de sondages qui parasitent la démocratie tout en se trompant sans cesse. Certes, un voyage au rythme de 299 792 458 km/s x 60 x 60 x 24 x 365 x 40 c’est fastidieux pour un dialogue hypothétique avec nos congénères, car un message envoyé ce jour apporterait sa réponse en 2097. Quel message au fait ? Il devra être lapidaire, du style : "T’as le bonjour d’Alfred !" Et si l’on reçoit un "Tancrède vous salue aussi", il faudra s’armer de patience.

Quelles formes auraient d’autres systèmes vivants ailleurs et à quel niveau de développement sont-ils arrivés ? Vivent-ils en harmonie, ou se mangent-ils entre eux, comme nous dans notre chaîne alimentaire ? Eurent-ils un parcours similaire au nôtre, celui de mammifères fragiles à la merci d’un virus, ignorant tout de leur potentiel, pour finalement poser une sonde sur une comète ? Ont-ils aussi inventé la bombe atomique ? En recherche, il y a des réponses imprévisibles, déconcertantes, mais tous les questionnements sont utiles, fussent-ils un peu fous. Pourquoi se brider, rester "raisonnables" en pataugeant dans notre popote terrestre ? Soyons ambitieux car nous devenons plus sages quand nos découvertes majeures nous poussent paradoxalement vers une place modeste, et pas la première, loin de là. Non, la Terre n’est pas le centre de l’Univers. Et nous ne sommes pas le sommet de la création, juste une espèce parmi d’autres. Et oui, nous sommes englués dans nos névroses morbides. Galilée, Darwin, Freud : autant de baffes salutaires. "Quid de la prochaine ?", ai-je demandé à Albert Jacquard lors d’une conférence. "Ce sera de reconnaître que les plus cons, finalement, c’est nous !" (sic) répliqua-t-il.

Que nous ne soyons pas uniques est logique car les mêmes causes produisent partout les mêmes effets. Si puissant soit-il, notre soleil n’est qu’un grain de sable. Pourquoi serions-nous le blé unique d’une moisson cosmique ? Aussi une question me taraude ingénument : si un Créateur s’est incarné ici pour prôner l’Amour sur terre, les autres eurent-ils la même sollicitude ? L’idée qu’un message pacifique ait été entendu ailleurs, et surtout avalisé, me ravirait sincèrement. Surtout s’il écarte la crucifixion, cette horreur.

Ainsi à Rome je ne manque jamais de saluer Giordano Bruno via sa statue au Campo di Fiore. Car ce savant dominicain, astronome, imagina le premier d’autres humanités lointaines dans un univers infini. Il avait donc raison. Sommé d’abjurer, il tint bon et fut brûlé vif le 17 février 1600. Jean-Paul II réhabilita Galilée en 1992. Mais pas Bruno. Allez François, de l’audace encore !

(1) xavier.zeegers@skynet.be