Opinions Entretien

Philippe van Meerbeeck est neuropsychiatre, psychanalyste et professeur à la faculté de Médecine de l’Université catholique de Louvain (UCL).

En tant que spécialiste en psychiatrie juvénile, que pensez-vous de la mixité sexuelle obligatoire à l’école ?

Je pense que c’est une mauvaise chose, du moins au début de l’adolescence. Entre 12 et 15 ans, les filles et garçons n’ont pas intérêt à être en permanence ensemble. C’est un moment où il faut vraiment différencier le travail d’élaboration de transmission de formation. D’ailleurs, dans toutes les

cultures du monde, et on peut remonter à la Mésopotamie, quand les jeunes étaient pubères, on les enlevait à leurs familles et on les séparait. Ainsi, on donnait à chaque sexe une initiation spécifique parce que l’on savait qu’ils étaient totalement différents l’un de l’autre.

Justement, en quoi sont-ils si différents ?

Les jeunes filles acquièrent une maturité beaucoup plus tôt que leurs homologues masculins, c’est frappant. En réalité, il y a toujours un décalage d’au moins deux ans entre les filles et garçons. Les premières deviennent rapidement de petites femmes, rêvent exclusivement des grands de l’école et méprisent les garçons qui sont sur le même banc qu’elles. Quant aux seconds, encore gamins et boutonneux, ils grandissent de façon disharmonieuse et restent très émus par la féminité débutante de leurs camarades. Ils n’ont donc pas intérêt à être victimes de la moquerie des filles. Selon moi, on organise une espèce de misogynie, de guerre des sexes inutile entre les filles et garçons. C’est l’effet désastreux de cette mixité obligatoire.

Faut-il envisager un retour à la non-mixité d’antan, alors ?

Sûrement pas. Durant l’enfance et à partir de 15 ans et demi, je n’ai aucun souci avec la mixité. Pour moi, le problème réside entre 12 et 15 ans. Entrer dans un corps pubère est un avènement incroyable. Du jour au lendemain, le garçon ou la fille acquiert le pouvoir de donner la vie. Or, il s’agit d’une faculté d’adulte. C’est pourquoi, je pense qu’il est primordial de passer par une phase d’identification, d’intégration et d’harmonisation de soi-même.

L’école, une terre de neutralité sexuelle, donc ?

Non. L’école doit être période d’identification sexuelle, un temps initiant au cours duquel on "parle entre soi" avant d’être confronté à l’autre sexe. On se sexualise d’abord avec le même genre. Cela permet d’éviter un sentiment de mépris de l’un à l’égard de l’autre. Ils ont des territoires séparés, mais réciproques qui font que, progressivement, chacun peut commencer à rêver de vivre une histoire d’amour. Et cela, ça se passe vers 15 ans et demi, 16 ans.

Si vous pouviez changer les choses, que proposeriez-vous comme modèle de scolarité ?

L’idée serait de laisser la liberté aux parents et enfants d’opter pour une classe mixte ou non mixte et ce, durant les trois premières années d’humanités. Je pense que cela pourrait être bénéfique pour certains. Ils ne seraient pas habités par des idées parasites pendant le temps scolaire ou par des émotions ingérables. Ils pourraient se consacrer uniquement au travail, à la capacité de penser, de calculer et de connaître.

Un directeur a dit ceci : “Si on n’apprend pas aux jeunes à vivre ensemble, il y aura encore plus de femmes battues et d’incompréhension entre les sexes.” Votre réaction ?

C’est totalement le contraire ! Si l’on considère que la mixité est une façon prématurée d’induire une guerre des sexes, alors il y aura d’autant plus de femmes brutalisées par leur mari et inversement. Parce qu’on n’apprend pas aux adolescents à vivre ensemble, on les contraint à vivre ensemble ! Mais personne ne se préoccupe de leur expliquer comment y parvenir. On les parque dans des classes en commun, point à la ligne. Et dans le cas d’enfants pubères, c’est totalement absurde.