Une opinion de membres de la Fédération européennes des réalisateurs audiovisuels (FERA). Retrouvez l'ensemble des signataires au bas de l'article.

Bien que le Covid-19 ne soit pas la cause de toutes nos difficultés, il en est certainement l’accélérateur qui rend les problèmes sous-jacents de notre profession et notre industrie douloureusement immédiats. Cette pandémie est la fin du monde que nous connaissons et doit nous galvaniser au-delà du danger immédiat et des lourdes conséquences.

Dans le passé, les cinéastes européens apparaissaient souvent comme des créateurs de droit divin. Des auteurs autocratiques. Aujourd'hui, réaliser pour l'écran, dans un large éventail de formats nous met dans une position plus compliquée, car notre travail et notre empreinte créative sont parfois à peine reconnus, l'idée fausse selon laquelle les réalisateurs ne seraient que de simples enregistreurs d’images animées faisant son chemin. Peut-être avons-nous participé à notre propre disparition : car très souvent, les réalisateurs sont solitaires, hommes et femmes-orchestre travaillant de manière isolée dans une concurrence très rude.

Alors que nous sommes confrontés à des systèmes de production et de distribution de plus en plus grands, nous devons nous unir pour devenir une partie instrumentale de ce changement – repenser comment affirmer notre rôle de conteurs visuels dans de nouveaux contextes et de nouvelles outils, pour reconstruire de véritables collaborations créatives avec scénaristes et producteurs quand bien même celles-ci ne semblent plus être la norme. 

De nouveaux horizons

Il y a de nouveaux espaces pour raconter nos histoires aujourd'hui, et ces nouveaux horizons sont passionnants : avec l'accès en ligne, nait une plus grande envie de voir des histoires, venant de tous les coins du monde.

Mais nous manquons d'une offre en ligne éditorialisée et solide d'œuvres cinématographiques et audiovisuelles européennes, et la distribution en ligne mondiale de contenu audiovisuel a mis à l’écart la création audiovisuelle européenne. Nous sommes déconnectés de notre public – public plus jeune, public mondial et désormais même de notre public local. La montée des streamers mondiaux en Europe est exponentielle alors que notre infrastructure de salles de cinéma, de distributeurs et de producteurs indépendants est durement touchée par la crise actuelle.

Les archétypes du cinéma mondial de demain ne seront probablement pas européens – mais le rapport avec le public via des écrans grands ou petits restera toujours basée sur l’intensité et la véhémence de notre vision. 

Les forces  

La narration visuelle ne consiste pas à préjuger du goût du public par des calculs algorithmiques, il s'agit d’une connexion humaine. De la création d'une sensation intime et d'une expérience unique pour le spectateur. C’est notre métier, notre art de réalisateur – et pour nous, se battre pour notre espace créatif signifie se battre pour renouer avec notre public. Nous devons arracher le bandeau numérique que nous avons sur les yeux: au-delà de la négociation d'une juste rémunération basée sur le succès de nos œuvres, la transparence des données est essentielle pour que nous ayons une perception de la réaction du public à notre travail afin de pouvoir progresser dans notre métier et notre art. Nous nous adapterons pour continuer à être des conteurs visuels en reconstruisant notre espace créatif à la télévision, sur les plateformes en ligne comme dans de nouvelles formes de cinéma. Si nous ne le faisons pas, nos multiples voix artistiques et créatives se tairont alors qu’une partie de l’Europe deviendra une usine de production bon marché pour le divertissement audiovisuel mondial.

La création audiovisuelle locale, régionale et diversifiée est notre force : en Europe, elle a été rendue possible grâce à la solidarité et aux coproductions. Gardant notre culture et notre histoire comme cœur créatif et artistique, nous devons être audacieux, voyous, autonomes et plus intelligents dans la façon dont nous utilisons nos ressources – pas uniquement sur la base d'une formule de travail à l'épreuve du Covid, mais plus profondément, de manière plus durable. Le recours aux méthodes traditionnelles n'est plus une option si nous ne voulons pas disparaître.

Telle est notre vision de notre avenir – pas "basée sur une histoire vraie", mais livrant la vérité – des cinéastes européens viscéralement honnêtes : unis, vifs, courageux et audacieux.

Liste des signataires :

Bill Anderson, membre du conseil d’administration de la FERA

Renaud Bertrand

Isabel Coixet, Ambassadrice de la FERA, présidente d’Europa Distribution

Klemen Dvornik, président du conseil d’administration de la FERA

James Hawes

Werner Herzog

Agnieszka Holland, présidente d'honneur de la FERA

Hrvoje Hribar, membre du conseil d’administration de la FERA

Teona Strugar Mitevska

Liv Ullmann, présidente d'honneur de la FERA de 2003 à 2008

Birgitte Stærmose, membre du conseil d’administration de la FERA

István Szabó, président d'honneur de la FERA de 2008 à 2013

> La série de débats en ligne de l'Assemblée générale des 40 ans la FERA a eu lieu du 6 au 20 octobre 2020. Les sessions publiques sont disponibles en ligne.

Fondée en 1980, la FERA représente la voix indépendante des réalisateurs européens de cinéma et de télévision à Bruxelles. Avec 48 organisations membres de 33 pays, nous parlons au nom de plus de 20 000 réalisateurs européens de cinéma et de télévision, représentant leurs intérêts culturels, créatifs et économiques aux niveaux national et européen.