Une opinion collective (voir la liste attachée).

Cette artiste ouïghoure de renommée internationale a disparu. Ses concerts en France ont dû être annulés. Au cours de ces derniers mois, l’Etat chinois a procédé à des arrestations massives d’intellectuels ouïghours. Des académiques, des artistes et des figures publiques s'inquiètent et se mobilisent.

Sanubar Tursun, artiste ouïghoure de renommée internationale, était attendue à Rennes, Angers et Nantes en février 2019. Artiste respectée dans la communauté ouïghoure, son travail est aussi célébré dans le monde entier. Avec le soutien d’Aga Khan Music Initiative, Sanubar Tursun a ainsi donné des concerts notamment en Turquie, en Suisse, en Belgique, en Italie, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. En France, elle s’était fait remarquer lors de son passage au Théâtre de la Ville à Paris en mai 2014, où elle avait fait salle pleine. Sa venue en 2019 aux opéras de Nantes, Angers et Rennes avait été annoncée au printemps 2018, puis annulée début novembre 2018, suite à des difficultés rencontrées par Sanubar Tursun pour sortir de Chine.

Dans un article du 17 janvier 2019 publié dans The Globe Post, Rachel Harris, professeure à la School of Oriental and African Studies (SOAS, Université de Londres) et spécialiste de musique ouïghoure, partage son inquiétude quant à la disparition soudaine d’une des plus grandes figures de la scène musicale ouïghoure, Sanubar Tursun, avec laquelle elle collabore depuis 2000. En effet, depuis fin novembre 2018, aucun des collaborateurs internationaux de Sanubar Tursun n’a pu la joindre.

Cette préoccupation n’est pas infondée ; elle se base sur une situation de crise attestée. Au cours des derniers mois, l’Etat chinois a procédé à des arrestations massives d’intellectuels ouïghours dans le nord-ouest de la Chine, et à l’internement arbitraire de près d’un million de Ouïghours selon des rapports rendus public par l’ONU en août 2018.

Les Ouïghours, turcophones d’Asie centrale, habitant une région hautement stratégique sur le parcours des Nouvelles routes de la soie chinoises, subissent en effet une répression systématisée à un niveau sans précédent, comme révélé par les nombreux experts de la région, les organisations internationales ainsi que les témoignages d’anciens détenus ou de leurs proches. Les articles scientifiques, journalistiques ainsi que les communiqués d’organisations et d’institutions officielles ont largement documenté cette situation et apporté les preuves crédibles qu’elle ne relève pas, comme l’affirme l’Etat chinois, d’une « lutte nationale contre l’extrémisme religieux et le séparatisme ».

Différentes sources proches de la musicienne ont rapporté qu’elle aurait été arrêtée, jugée et condamnée à cinq années de prison. Les instances officielles chinoises, contactées par les journalistes de RFA ou du New York Times notamment, ont refusé de commenter cette information ou de donner la localisation actuelle précise de Sanubar Tursun. La seule certitude à ce jour est que le nom de Sanubar Tursun a été ajouté à la longue liste des académiques, artistes et figures publiques disparus au cours des derniers mois.

Le cas de Sanubar Tursun nous rappelle à quel point la voix des artistes est puissante, mais aussi exposée, fragile et vulnérable. Il n'est malheureusement qu'un exemple de plus de la tragédie qui se joue actuellement dans la région ouïghoure, et qui vient de faire effraction dans la scène artistique française et la vie de son public, qui se réjouissait de retrouver Sanubar Tursun. 


=> Sur la purge des intellectuels ouïghours : https://www.lemonde.fr/international/article/2018/11/09/en-chine-l-intelligentsia-ouigoure-ciblee-par-une-purge-massive-et-sans-precedent_5381201_3210.html

=> Sur les estimations d’un million de Ouïghours actuellement internés dans des camps : https://www.merics.org/cn/node/8721

=> Article de Rachel Harris sur la disparition de Sanubar Tursun : https://theglobepost.com/2019/01/17/cultural-genocide-xinjiang/

=> Une pétition existeWhereIsSanubarTursun@mail.com