N’est-ce pas surprenant qu’un Dieu naisse dans une mangeoire, dans le dépouillement le plus complet ? Noël serait-elle la promesse qu’un monde nouveau est possible où les puissants se font proches des personnes pauvres ? Une opinion de Hugues et Calixte Bocquet, jeunes mariés.

Depuis quelques semaines, au cœur du sombre hiver, la Belgique s’illumine de mille feux, les marchés de Noël envahissent les grands places, les sapins sont présents dans nos maisons. À Bruxelles, dans le quartier de Pétillon, des voisins se réunissent chaque semaine pendant l’Avent, pour préparer Noël lors d’une prière de quartier. Ils découvrent les histoires de chacun : l’un vit dans la rue, l’autre est une personne isolée, une jeune fille se prépare à un voyage humanitaire. Ensemble, ils essayent de comprendre ce que signifie la fête de Noël au-delà des traditionnels échanges de cadeaux. Ils se rappellent la joie qui est à l’origine de cette fête : la naissance d’une personne, il y a plus de 2000 ans, un certain Jésus de Nazareth. Alors que, comme tous les Belges, ils sont préoccupés par une actualité difficile et instable, Noël devient pour eux une invitation à chasser les peurs pour s’approcher des plus faibles de notre société. Ils vous révèlent leurs découvertes.

Aux côtés des pauvres

"Aujourd’hui, un Sauveur nous est né". C’est cette phrase que nous entendons raisonner dans l’ensemble des églises le soir de Noël. Cette annonce de l’incarnation de Dieu résonne avec force à l’heure où nous ne savons comment apaiser les violences, réduire les inégalités, prendre soin d’une planète malade. Mais qui est donc ce sauveur ? Pour les chrétiens, la fête de Noël offre un signe saisissant, une véritable espérance : pendant cette nuit du 24 au 25 décembre, Dieu se fait petit enfant. Il choisit de naître dans l’amour et l’abnégation d’un couple modeste. Marie et Joseph nous montrent alors que Noël n’est pas la fête de ceux qui mettent leur joie dans "la splendeur apparente" et de "ceux qui ne font confiance qu’à leurs propres forces" mais celle de ceux qui sont capables de recevoir cet enfant.

Sonnant aux portes pour demander l’hospitalité, ce jeune couple attendant famille est laissé dehors par les habitants de Bethléem. Marie donnera donc naissance dans une grotte, laissant son fils dans une mangeoire. N’est-ce pas surprenant qu’un Dieu naisse dans une mangeoire, dans le dépouillement le plus complet ? Noël serait-elle la promesse qu’un monde nouveau est possible où les puissants se font proches des personnes pauvres ? Ce mystère, seuls ceux qui avaient le cœur ouvert et disponible ont pu le contempler : les bergers les premiers ont reçu l’annonce de la naissance de l’Enfant, et non les notables de la ville. Bien au chaud dans leurs auberges, ils ne pouvaient reconnaître les signes de la venue de Jésus : leur porte était fermée à double tour, comme leurs cœurs à la venue du Sauveur. Jésus passera ensuite toute sa vie à visiter les plus faibles, se faisant proche des veuves, des prostituées, des aveugles et des lépreux.

Comment vivre pleinement cette joie ?

Et si nous avions été à leur place, qu’aurions nous fait ? Comment faire pour ne pas fermer notre porte à double tour ? De la même manière que lorsqu’on attend un enfant, on prépare une chambre ravissante pour l’accueillir, nous avons besoin de faire de la place pour recevoir les personnes avec un cœur aimant. Ainsi, mère Teresa a su disposer son cœur pour recevoir non seulement les pauvres dont elle s’occupait, mais à travers eux, Jésus. Pour elle, les personnes repues de biens matériels ont plus de mal à saisir la joie de recevoir. Elle nous confie même un petit secret : pour découvrir Dieu il faut lui faire une place, et "faire du vide en nous pour que Dieu puisse nous remplir de lui-même". Un pape nous le disait aussi : "Si nous voulons trouver le Dieu apparu comme un enfant […] nous devons déposer nos fausses certitudes, notre orgueil intellectuel, qui nous empêche de percevoir la proximité de Dieu".

C’est ce témoignage que nous livre une association comme Nativitas qui œuvre remarquablement chaque jour pour maintenir l’esprit de Noël dans le quartier des Marolles. Les bénévoles présents à la "bicoque" de Nativitas tentent de redonner à chacun leur dignité par un soutien matériel, social et culturel aux personnes plus pauvres et déshéritées.

Retrouver un esprit de gratitude

L’an dernier, la couverture du Spiegel nous invitait aussi à changer notre regard sur cette fête de Noël. Elle montrait Joseph et Marie ouvrant un carton Amazon dans lequel ils découvraient l’enfant Jésus. Surpris d’un tel cadeau, ils se demandaient même s’il serait possible de l’échanger.

Aujourd’hui, dans quel état d’esprit ouvrons-nous nos cadeaux ? Un cœur plein de gratitude qui s’émerveille de l’attention portée ? Ou un cœur qui cherche à posséder toujours plus ? À l’aube de cette nouvelle année, ne devrions-nous pas prendre exemple sur les anges de la crèche qui se réjouissent en chantant pour le petit bébé qui vient de naître ? Cherchons à discerner les merveilles de notre quotidien, à voir et s’émerveiller des petites lumières au milieu de l’épaisseur des ténèbres : un sourire dans un moment de tristesse, un cadeau emballé avec tant d’amour, des kilomètres parcourus pour venir se retrouver malgré les nombreuses sollicitations, un repas préparé avec tant d’attention.

La naissance de Jésus nous invite à adopter un nouveau style de vie, celui centré sur l’émerveillement et la gratitude plutôt que sur le désespoir et la lassitude. Pour ceux qui ont la foi, Noël est aussi l’occasion de reconnaître la présence de Dieu dans nos vies à travers tous les petits signes d’espérance présents dans notre quotidien. C’est ici que l’on peut commencer à reconnaître le petit Jésus présent dans la crèche de notre cœur. Joyeux Noël à vous et vos proches !