ESSAYISTE, ÉCRIVAIN ANCIEN CONSEILLER DE FRANÇOIS MITTERRAND

L'Union européenne ne s'est-elle pas construite trop «par le haut» (institutions, traités,...) et pas assez par le bas, (au niveau des citoyens), suscitant par là un faible sentiment d'appartenance?

Effectivement, cela a été fait ainsi. Mais c'était très difficile de faire autrement. Si on avait attendu une Europe de la culture, une Europe des peuples et pas une Europe des dirigeants, on n'aurait rien fait du tout. Mais il est vrai qu'aujourd'hui, il y a urgence à passer à l'étape suivante.

Par quels moyens?

Cela signifie davantage de projets politiques communs pour l'Europe. Donner aux politiques des moyens de décentralisation et d'expression, en particulier sur des sujets d'intérêts locaux et régionaux. Montrer aussi que l'Europe est importante dans des sujets qui concernent les citoyens: environnement, sécurité ou géopolitique.

L'histoire démontre que nous ne sommes plus au moment des petites choses mais des grandes. L'Europe a besoin de grands projets. Je pense que la meilleure tactique, c'est une stratégie. Et la meilleure stratégie, c'est un projet.

Des projets à mettre aussi en scène sur le plan international?

Oui, d'abord en se donnant les moyens de sa propre défense et ensuite apporter une voix au monde qui ne soit pas seulement celle de la sécurité mais aussi celle du partage, de la générosité, de la construction en commun. Cela passe, en particulier, par un dialogue avec l'Afrique qui est d'une extrême urgence, selon moi.

Sur ce plan, l'Europe, et donc son indentité, se construirait en se distinguant fortement des Etats-Unis?

Non, il ne faut surtout pas, et en particulier aujourd'hui, concevoir l'Europe contre les Etats-Unis. Nous devons oeuvrer avec eux, mais chacun avec sa propre culture. Les Etats-Unis sont suffisamment ouverts pour comprendre qu'ils ont intérêt à une Europe forte.

Une Europe puissante qui devrait promouvoir un modèle de société qui s'oppose à celui de la globalisation?

Je ne suis pas contre la globalisation, au contraire. Je suis pour un monde de plus en plus globalisé. Aujourd'hui, nous souffrons davantage d'une insuffisance de mondialisation plutôt que d'un excès. Cela veut dire une insuffisance de gouvernement de la mondialisation. Nous avons besoin d'instances qui protègent... mais elles ne sont pas disponibles. La diversité culturelle - un mot meilleur qu'«exception culturelle» - doit être protégée davantage par la construction d'une Europe politique forte que par la promotion des particularismes régionaux.

Propos recueillis par THIERRY BOUTTE

© La Libre Belgique 2001