Opinions
Une opinion de Sophie Casper, femme au foyer.


Au risque d’être traitée de réactionnaire, j’ose dire haut et fort que le rôle de femme au foyer me semble être l’un des métiers les plus excitants au monde. Et un métier, cela s’apprend !


À la question traditionnelle, "que faites-vous dans la vie ?", rarissimes sont les personnes de sexe féminin à oser répondre : je suis femme au foyer. Celle-ci serait immédiatement jugée avec mépris, comme un échec de vie. La seule valorisation de nos jours ne peut être que d’ordre professionnel, intellectuel ou éventuellement sportif. Femme au foyer, ménagère, est considéré comme une sous-tâche, quelque chose dont personne n’oserait sérieusement se prévaloir.

Ce mépris cache le nœud d’un problème, conséquence directe de la révolution féministe. Autant cette dernière s’est avérée indispensable pour la libération de la femme, autant, comme toute révolution et les excès habituels qu’elle engendre, elle n’a eu de cesse de vouloir imiter l’homme de manière obsessionnelle, comme si celui-ci était un modèle tellement réussi. En conséquence, tout ce qui désormais touche aux tâches considérées comme féminines est considéré comme inférieur.

Des "super women"

La femme s’étant mise au travail doit désormais non seulement gérer une carrière au même titre que n’importe quel homme et bien sûr continuer en fin de journée à s’occuper de son foyer, être une bonne épouse, bonne mère et, cela va sans dire, être en forme physique, garder la ligne, tout en restant séduisante, etc. Les hommes étaient censés compenser et prendre sur eux la part des charges ménagères. Nul besoin de préciser que les choses ne se sont pas passées comme prévu. Une étude montre même que dans les pays nordiques, où l’implication des hommes a été la plus conséquente, le taux de divorce n’a jamais été aussi haut.

Les super women semblant jongler avec succès entre carrière et vie de famille réussie vivent souvent dans un stress journalier ou dans un état de frustration constante. Au travail, elles se sentent coupables de ne pas être avec leurs enfants et vice-versa. Elles se trouvent déchirées entre les exigences strictes imposées par une économie de marché sans pitié et les besoins innombrables que demande une vie de famille équilibrée. Celle-ci exige une disponibilité physique et mentale.

Certains rares privilégiés ont peut-être eu la chance d’avoir hérité d’un modèle familial particulièrement réussi. Ceux-ci n’auront alors sans doute qu’à adapter cet héritage. Pour la grande majorité, gérer une famille, une maison est une invention complète. Il s’agit alors de composer, de mettre au point des dynamiques, des tactiques, bref un système en soi, particulier à chaque foyer. Ces systèmes sont évidemment en constante évolution, demandent de fréquents réajustements.

Apprendre les bases à l’école

La société occidentale hyper complexe, super structurée, de moins en moins accessible, bureaucratique à souhait, exige des diplômes et hautes études sans fin pour le moindre assignement. La fonction de parent, qui semble pourtant des plus stratégiques, est sans doute la seule qui ne demande aucune autorisation, aucune qualification, diplôme ni permis. Les bases de notre société seraient là à revoir. Il semble évident que l’on ait besoin d’un permis de conduire, alors qu’un parent qui a pratiquement droit de vie et de mort sur ses enfants, créatures vulnérables et sans défense, n’aurait besoin d’aucune qualification. Il paraît alors si absurde d’enseigner pendant d’innombrables années dans les écoles des mathématiques ou sciences alors que de basiques compétences psychologiques sont totalement ignorées, indispensables à la gestion d’une famille, d’un époux et/ou d’enfants et de toute autre relation humaine impliquant un échange humain.

On parle toujours de l’importance du système éducatif mais l’élément de base, à savoir la maison, est tout à fait négligé, comme inexistant. C’est pourtant là que tout se joue, des premières brimades à la construction de la confiance en soi, l’estime de soi, le respect, la tolérance, l’acceptation de l’autre, l’écoute, l’amour… - la liste est longue -, bien plus qu’à l’école. Toutes ces qualités fondamentales, qui forment un être et forgent son destin, sont principalement entre les mains des parents.

Dans le schéma classique, souvent méprisé pour les raisons expliquées au début de ce texte, où la mère joue un rôle moindre dans le gagne-pain de la famille et passe donc plus de temps à la maison, c’est donc à elle que ces tâches absolument essentielles incombent. Afin de pouvoir les mener à bien, il importe d’être disponible, d’avoir une base d’outils thérapeutiques et, cela peut sembler trivial, être heureux et bien dans sa peau. Rien que ce dernier point peut sans doute faire l’objet de toute une vie… Faire passer les justes concepts éducationnels sans être heureux ne servirait à rien puisque le modèle ne serait donc pas convaincant et donc peu suivi… Seule l’éducation par l’exemple est efficace. Il n’y‎ a évidemment pas de recette, chaque famille étant absolument unique, réinventant ses propres codes.

Au risque d’être traitée de réactionnaire, j’ose dire haut et fort que finalement, le rôle de femme au foyer n’est pas si mal que ça… Cela me semble même un des métiers les plus excitants au monde, qui varie les compétences à l’infini,et dont les récompenses sont à portée de main (le bien-être de ses proches en est un baromètre journalier). Une occupation qui offre une réelle indépendance et flexibilité dans son mode d’exécution…

Il ne s’agit pas évidemment d’assigner les femmes à résidence. Les possibilités sont infinies, du travail à temps partiel, au volontariat… chaque famille a sa solution à elle. À l’époque du chômage endémique, il y aurait là une aubaine inespérée…

Alors, voilà, à l’aube du XXIe siècle, de la robotisation croissante, de la haute technologie, il semble que le deuxième plus vieux métier du monde n’en est qu’à ses balbutiements, plus actuel que jamais avec les tueurs fous et criminels divers qui semblent nous envahir de partout. L’avenir est là puisque l’on nous prédit la disparition de la plupart des métiers que l’on connaît. À l’heure des menaces nucléaires, des crises interminables, quoi de plus réjouissant que la réinvention de la place de la femme ? Peut-être suffirait-il de remplacer le terme de femme au foyer par family manager ou home executive, qui semble plus sexy et dans l’air du temps, pour marquer la fin de la première partie du féminisme qui avait comme but principal d’égaler l’homme et célébrer le post-féminisme, où la femme pourrait enfin embrasser sa féminité au lieu de s’en embarrasser.

Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Réhabilitation de la femme au foyer".