Une opinion d'O.H., jeune juriste connu de la rédaction.

J’ai 30 ans et, bon sang, que l’avenir m’effraie. Je veux pourtant y croire.

Ma génération et celles qui la suivent héritent d’un monde angoissant. Depuis des années, elle constate dans l’impuissance que la lutte contre le dérèglement climatique n’avance pas et que l’économie dans son fonctionnement actuel reproduit perpétuellement les inégalités sociales. Elle constate qu’une part importante de la prospérité du XXe siècle a été construite en hypothéquant celle des générations futures.

Aujourd’hui, on demande à ces générations un nouveau sacrifice important. On leur demande d’accepter un endettement public qui se creuse et une nouvelle récession pour les années à venir. Mais surtout, on leur demande de renoncer à leurs contacts sociaux. On leur demande d’arrêter d’avoir des projets d’avenir avec d’autres personnes pour une durée cruellement indéterminée. On leur demande d’arrêter toutes les activités qui sont pourtant fondamentales à la jeunesse pour se construire. Tout cela au prix inestimable de leur santé mentale.

Dégâts inestimables

Car si les mesures prises dans le cadre de la crise sanitaire sont fondées sur une mise en balance entre, d’une part, le coût lié à la maladie elle-même, et d’autre part, le coût lié aux mesures restrictives, il est relativement facile de chiffrer le premier et impossible de chiffrer le deuxième. On sait avec un certain niveau d’exactitude combien de personnes décèdent ou souffrent du Covid-19, mais personne n’est capable de donner des chiffres susceptibles de s’approcher un minimum de la réalité lorsqu’il s’agit des dégâts causés par la perte d’espoir, de confiance, d’opportunités futures…

C’est donc un parti pris que de dire que les mesures actuelles sont nécessaires et qu’il n’y a pas d’alternative. En fait, qu’il s’agisse de crise écologique, économique ou sanitaire, autre avenir est possible. Un qui assurera à la jeunesse un futur moins sombre.

Nos générations devront bien sûr balayer devant leur porte si elles souhaitent construire un avenir sûr et durable pour les décennies à venir. La participation politique des jeunes est extrêmement basse. Ce faisant, elles laissent partout des décisions se prendre qui vont totalement à l’encontre de leurs intérêts. Il sera difficile de se faire entendre. "De quoi ils se plaignent", "Nous, a l’époque, on avait pas les smartphones", "Ils veulent juste faire la fête", "Ils n’ont pas connu la guerre", etc. Autant de moyens de balayer d’un revers de la main les demandes pourtant légitimes que les voix des jeunes soient entendues et que les décisions politiques prennent en compte les dommages énormes causés à une jeunesse qui hérite déjà d’un fardeau lourd à porter.

Par ailleurs, nous avons été depuis notre plus tendre enfance été éduqués pour devenir des (sur-)consommateurs. On ne peut construire un avenir durable si l’on ne prend pas de la distance avec certaines futilités matérielles. Instagram ou pas, il faudra renoncer à acheter un nouveau téléphone chaque année. Il faudra renoncer à aller prendre des selfies au Machu Picchu, à New York ou à Bali chaque année. Il faudra renoncer à aller au ski chaque année, etc. Il faudra constamment accepter de revoir ses habitudes. En dépit des apparences, la consommation ne nous profite pas mais à une poignée d’ultra-riches.

Voici donc mon cri du cœur à tous ceux qui ont mon âge ou sont plus jeunes : battez-vous et ne perdez pas espoir. Continuez de croire en un avenir durable, sûr et heureux. Cet avenir est possible malgré tout ce qui peut vous faire penser le contraire. Mais il n’est possible que si vous luttez pour le construire. Faites-vous entendre et n’écoutez pas ceux qui vous disent qu’il n’y a pas d’alternative.