Une opinion d'Assita Kanko (MR), conseillère communale à Ixelles.

8 mars. Journée internationale de la Femme. Cette Journée est née le 8 mars 1908 à New York, lorsque des femmes pour la première fois dans l'histoire, ont organisé une grève pour protester contre les mauvaises conditions de travail. Elles auraient scandé le slogan suivant face aux employeurs et à la classe politique: «We want bread, but we want roses too! ». Très rapidement d’autres exigences suivront comme la revendication du suffrage universel, de l'interdiction de la discrimination contre les femmes, du droit de poursuivre des études, et «d’un salaire égal pour un travail égal». Cette série d’actions a finalement conduit à la première vague féministe qui aboutira notamment au droit de vote et à davantage de droits sociaux pour les femmes.

Mais ce combat va durer encore plus d’un demi-siècle avant d’atteindre d’autres résultats tant attendus. C'est en effet seulement avec la deuxième vague féministe dans les années soixante, septante et quatre-vingt que les femmes prendront davantage le contrôle de leur propre vie. Elles obtiendront plus de possibilités pour poursuivre leurs études, avoir un emploi, participer à la vie politique et s'engager pour divers projets sociaux. Mais le résultat le plus marquant de cette deuxième vague féministe fut la libération sexuelle grâce à l’accès aux moyens contraceptifs, à la dépénalisation et à la légalisation de l'avortement et au rejet grandissant par la société des violences domestiques.

Aujourd’hui, certains pensent que la journée internationale de la femme n’a vraiment plus de raison d’être. Ils considèrent que les femmes ont déjà obtenu l'égalité des droits et peuvent désormais choisir librement de vivre comme elles le veulent. Mais rien n'est moins vrai : cette vision naïve ne tient pas face à la réalité car la lutte pour les droits de la femme reste d'actualité. C’est pour cela que nous avons besoin d'une troisième vague féministe pour favoriser l’émancipation de nombreuses citoyennes qui sont libres en théorie, mais n’ont pas voix au chapitre dans la pratique.

Pour cela nous devons par exemple oser dénoncer la condition des femmes opprimées pour des motifs culturels et/ou religieux. Nous ne pouvons plus accepter des pratiques comme le mariage forcé, l’imposition du port du voile, les mutilations génitales féminines, les crimes d'honneur et les répudiations. Nous ne pouvons plus accepter que des femmes se fassent cracher dessus, insulter et même battre voire violer parce qu'elles refusent de porter le voile ou sortent de chez elles avec une jupe jugée trop courte. Comme la députée bruxelloise Ann Brusseel je pense que « la longueur de nos jupes est non-négociable ». Nous ne pouvons plus accepter que certains hommes refusent de serrer la main d'une femme comme cela s'est produit récemment avec Françoise Schepmans, députée -bourgmestre de Molenbeek. En effet, un élu du parti Islam a refusé la main tendue de la bourgmestre au conseil communal. Parce qu'elle est une femme. Cette attitude est inacceptable dans notre société démocratique qui reconnaît l'égalité de tous les Hommes, et donc également l’égalité homme-femme.

Mais en dehors de cette frange radicale de la population, dans beaucoup d'autres familles belges, les femmes demeurent victimes de nombreuses formes d'injustice simplement parce qu’elles sont des femmes. Les violences domestiques sont encore le lot quotidien de nombreuses concitoyennes. Contre ces abus insidieux ou manifestes, nos autorités doivent agir plus fermement. Dans le cadre professionnel, les femmes continuent de gagner moins que les hommes pour un travail égal, et le plafond de verre n’a pas disparu. Pour les travailleuses compétentes et ambitieuses qui choisissent de gravir les échelons, cette difficulté existe encore tant dans le secteur public que privé, et ceci malgré les nombreuses promesses faites en la matière. Il est également indéniable que les femmes, et surtout les mères isolées, assument encore la majeure partie des tâches ménagères outre leur emploi et se retrouvent dès lors surchargées et très souvent fragilisées.

Il est donc grand temps que tant les femmes que les hommes politiques de tous les partis démocratiques conjuguent leurs efforts pour rejeter toute discrimination de la femelle humaine, promouvoir son émancipation et ainsi créer une société plus libre, plus juste et plus prospère. Comme par l'introduction temporaire de quotas pour les femmes (une mesure qui a fait ses preuves en politique), par l'obligation pour les pères de prendre une partie des congés prévus après la naissance d’un enfant, par l’augmentation de la capacité d’accueil de la petite enfance, par la lutte contre la discrimination insidieuse et persistante à l’embauche et au travail, par le refus de tout « accommodement raisonnable »…

Mères, épouses, sœurs, femmes, nous avons obtenu bien des acquis depuis la révolte de New York en 1908, mais il reste encore tant à faire! «Du pain et des roses» pour le XXIe siècle. Ne nous endormons pas, mais engageons-nous résolument dans la troisième vague féministe. Avec les hommes.