Une chronique de Xavier Zeegers.

Consacrons moins de temps et d’énergie en 2019 à observer les "people" et autres bouffons rongés par leur ego, tics et tweets, pour nous tourner vers l’essentiel.

Nous sommes dans une époque confuse où les prophètes de la sinistrose mettent leur talent littéraire au service du désenchantement ambiant, tandis qu’une crise politique couplée avec une détresse sociale questionne le principe même de la représentation démocratique. Dès lors, quelle cause pouvons-nous encore endosser vigoureusement et candidement ?

Les progrès plus que jamais positifs de la science me semblent la meilleure option, n’ayant qu’un seul inconvénient : ils sont trop discrets, pas assez médiatisés. Faudrait-il que les blouses blanches soient plus flashy, voire fluo ? Nous apprenons que des hépatologues des cliniques St-Pierre et St-Luc évoquent publiquement la disparition du virus de l’hépatite C. Son élimination est déjà programmée, et sera aussi… épatante que celle de la variole. Cela méritait bien une large audience dans la presse généraliste qui s’étonne à juste titre d’une certaine placidité du public envers ces avancées qui concernent pourtant concrètement des millions de gens. Et les audiences télé sur ce thème restent misérables.

Nous avons un formidable chercheur du cerveau et de la conscience, le Pr Steven Laureys interrogé par La Libre en novembre dernier. Espérons qu’il ne faudra pas attendre son prix Nobel pour qu’il devienne aussi populaire qu’un Diable rouge ! Autre info stimulante : le 1er décembre dernier des chercheurs en glaciologie et en climatologie de l’ULB, UCL ainsi que les universités de Delft et du… Colorado se sont envolés vers l’Antarctique, où ils analysent les réponses des écosystèmes de l’océan austral face au changement global, développent des prévisions sur le bouleversement climatique en étudiant le niveau marin et l’acidité des océans. Cette expédition utilise une embarcation dite mixte car à propulsion alternée (moteur et/ou voiles) et se nomme la Belgica 121. Nom qui rend hommage, avec ce chiffre évoquant l’ancienneté historique de son trois-mâts, à la glorieuse épopée d’Adrien de Gerlache, "notre" Neil Armstrong qui fit bien davantage que de planter nos trois couleurs à l’extrémité inverse du monde. Il accomplit des percées scientifiques dans l’intérêt supranational, donnant alors déjà raison à notre Roi actuel, qui aime à dire que la Belgique est petite comme un diamant mais dont la taille n’empêche nullement la brillance. Les échantillons biologiques d’Adrien servent encore de référence ! Son fils Gaston de Gerlache vogua ensuite dans le sillage de son père pour établir la première base scientifique belge permanente, bien avant la station Princesse Elizabeth d’Alain Hubert. Nous sommes avec onze autres nations les fondateurs du traité Antarctique qui vise à empêcher toute revendication territoriale afin qu’il demeure un sanctuaire. Ce traité aura soixante ans le 1er décembre prochain. Espérons qu’on en parlera largement et surtout dans les écoles, car donner le goût de la découverte, des progrès de la connaissance, l’envie de participer à des entreprises audacieuses, cela fait partie des exigences pédagogiques de base. Vivre c’est aimer apprendre.

Les océans sont les berceaux de la vie sur terre, donc de nous-mêmes. Ils portèrent jadis les armadas qui envahirent brutalement des rivages transformés en clôtures d’empires qui détruisirent les cultures autochtones. Aujourd’hui, ce sont les océans eux-mêmes qui sont agressés, souillés et vidés de leurs richesses, alors que notre survie dépend d’eux. On reparle des conquêtes spatiales habitées, en sous-estimant les difficultés monstrueuses qu’elles impliquent, nonobstant le coût faramineux et des risques insensés. Or il y a dans nos mers et océans - 70 % de la surface du globe - de quoi nous nourrir, même à huit ou neuf milliards ; à supposer que nous atteignons une sagesse collective déjà aléatoire. Mais se résigner par désespérance serait rejoindre le club des fatalistes fainéants. Alors oui, vive nos courageux explorateurs, chercheurs et autres personnes de talent tournés vers le bien commun. Consacrons moins de temps et d’énergie en 2019 à observer les people et autres bouffons rongés par leur ego, tics et tweets pour nous tourner vers l’essentiel !

xavier.zeegers@skynet.be