Une carte blanche de Maximilien, 24 ans, participant à un atelier d'écriture organisé par Scan-R, une association qui accompagne des jeunes de 12 à 25 ans pour les aider à s'exprimer par écrit. La finalité de ce projet est de permettre aux jeunes de se raconter sur des sujets dont ils sont acteurs ou témoins.

Je ne me souviens pas de la dernière fois où j’ai pris mes amis ou ma grand-mère dans les bras. Je ne me rendais pas compte que ce serait, peut-être, une dernière fois. À l’époque, je ne m’attendais pas à un tel chamboulement et je prenais ce droit de faire des câlins pour acquis. Les contacts physiques font, pour un temps, partie du passé. Je dois être séparé de 1,50 m de tous mes amis et ma famille. Cette distance, relativement courte, se transforme en années-lumière pour la personne tactile que je suis.

Distance

Si cette fameuse distance n’empêche pas le contact social au sens strict du terme, elle interdit sa dimension physique. Pas question de prendre sa grand-mère dans les bras, de l’effleurer de la main. Je peux courir avec un ami, mais je ne peux pas lui taper dans le dos pour l’encourager. Pas de bise à une connaissance croisée dans la rue. La discussion prend alors une tournure gênante et crée des situations cocasses : nous devons nous retenir de nous faire la bise. C’est difficile de désapprendre ce que nous faisons depuis notre naissance. Le mètre et demi qui nous sépare rend la discussion, elle aussi, distante et hésitante. Et pourtant cette distanciation est devenue la preuve d’amour ultime : si tu tiens vraiment à telle personne, ne l’approche pas.

Toucher

Les contacts physiques représentent pour moi une forme d’énergie. Je les vois comme un complément alimentaire introuvable ailleurs. Je m’en nourris. Ce "compliment" alimentaire s’avère particulièrement important dans les périodes déprimantes, les moments de solitude. Il me rappelle que je ne suis pas seul. Les contacts me rassurent sur la qualité, l’importance et la sincérité de ma relation.

C’est la science qui le dit.

De nombreuses études démontrent les bienfaits des contacts physiques pour la santé physique comme mentale. Plus les câlins sont forts, plus ils jouent un rôle dans les relations personnelles. Pour faire court, ils œuvrent à la sécrétion de diverses hormones qui génèrent autant de merveilles pour notre corps, notre esprit : réduction de l’anxiété, du stress, de la pression artérielle, renforcement du système immunitaire.

Les contacts physiques semblent être, pour les personnes comme moi, encore plus primordiaux. Cela fait deux mois que je suis confiné avec ma mère et ma sœur et la situation devient difficile. De ces donneuses, je reçois de l’affection sous perfusion ; cependant, elle se fait plus légère. Autant je peux être friand de câlins, autant ma petite sœur sature.

La distance des vidéoconférences

J’ai bien essayé de rechercher plus de contact social à travers les fameux appels vidéo mais… L’un ne remplace pas l’autre. Arriver à l’appel vidéo constitue déjà un parcours du combattant. Il faut se convaincre de rester assis pendant une heure, devant son ordinateur, après avoir déjà travaillé dessus toute la journée, braver les problèmes de connexion internet et prier pour que votre interlocuteur y arrive également. L’appel, une fois enclenché, me comblera bien moins qu’une vraie conversation. Le décalage récurrent du son et de l’image génère l’impossibilité d’entendre quoi que ce soit lorsque plusieurs personnes parlent en même temps. Le ton de la conversation n’est pas le même, plus superficiel. On a en effet peu à se raconter au vu de la vie actuelle et identique de chacun. Passé quelques expériences sur Zoom, Skype, etc., la plupart de mes proches se lassent vite de ces appels vidéo, au point d’en préférer le traditionnel appel téléphonique.

S’embrasser bientôt

Mes relations se nourrissent de contacts physiques que le confinement a réduits à néant : la bise du matin, les poignées de main, l’embrassade en revoyant un ami pour la première fois depuis longtemps, les caresses pour réconforter un proche blessé. Imaginer un monde sans celles-ci est très difficile, impensable pour moi. J’espère chaque jour un peu plus qu’un vaccin viendra nous libérer de cette distanciation qui nous prend en otage. En attendant, je me contenterai d’un "check" du pied.