Une opinion de Isabelle Ferreras, Présidente et Didier Viviers, Secrétaire Perpétuel de l’Académie royale de Belgique;  Elisabeth Monard, Présidente et Freddy Dumortier, Secrétaire Perpétuel de la Koninklijke Vlaamse Academie van België.

Avant l’apparition de la pandémie, un large consensus s’était dégagé sur la nécessité de combattre rapidement et énergiquement le changement climatique qui met gravement en péril nos sociétés et les écosystèmes dont nous dépendons. Il était cependant difficile d’imaginer ce que pouvait représenter l’émergence d’une crise à l’échelle planétaire. La pandémie du Covid-19 vient de l’illustrer. Elle a mis en évidence l’extrême vulnérabilité de nos sociétés avancées.

Outre ces nombreuses conséquences économiques, humaines et sociales, cette crise a aussi engendré une prise de conscience des fonctions essentielles au bon fonctionnement de la société, fonctions souvent dévalorisées. Elle nous a rappelé l’importance de la solidarité face à l’individualisme. Le rôle indispensable des pouvoirs publics, qui sont les garants de cette solidarité ainsi que des intérêts et biens communs, a retrouvé toute son importance après avoir été trop souvent dénigré.

Afin de maîtriser la pandémie, les pouvoirs publics européens et belges ont dégagé une quantité énorme de moyens alors qu’il paraissait totalement impossible de faire un effort financier similaire pour s’attaquer au changement climatique. Ce péril est pourtant encore beaucoup plus grand que celui de la pandémie, mais son échelle de temps fort différente en rend l’urgence moins perceptible.

L’union de nos forces

Face à une situation aussi critique dès maintenant et dans un futur proche, les Académies ne peuvent rester passives. Leur rôle de conservation et de promotion de la connaissance scientifique, de contribution au progrès, à la prospérité et au bien-être de la société à laquelle elles appartiennent en fait des acteurs majeurs dans cette période troublée où population et gouvernants ont besoin de positions éclairées, indépendantes de tout intérêt particulier, politique ou économique. Pour cette raison l’Académie royale de Belgique (ARB) et la Koninklijke Vlaamse Academie van België (KVAB) ont décidé d’unir leurs forces et de réfléchir aux différentes problématiques interdépendantes qui se posent.

Elles soulignent la nécessité absolue de fonder toutes les démarches et décisions sur les connaissances et les preuves scientifiques, et de réaliser le redémarrage économique tout en prenant en compte l’urgence climatique. Le plan de relance européen (Recovery Plan) basé sur le Pacte vert (Green Deal) doit en être la référence. Seule une action cohérente et ambitieuse au niveau de l’Union européenne peut permettre d’atteindre les objectifs nécessaires, non seulement pour elle-même, mais aussi au niveau mondial, en faisant preuve de leadership. Les recommandations du GIEC (IPCC) sur le changement climatique tout comme celles de l’IPBES3 sur la préservation de la biodiversité doivent servir de guide, tout en prenant en compte les 17 objectifs de développement durable de l’Onu.

Les défis auxquels nous sommes confrontés sont d’une ampleur et d’une complexité telles que toutes les sciences, humaines et exactes, doivent contribuer à établir les diagnostics, à définir les objectifs et à participer à la mise en œuvre des solutions. Mais, si les diagnostics et objectifs sont déjà relativement clairs tout en restant à affiner, l’implantation pratique de ces solutions constitue un challenge particulièrement ardu dans lequel les technologies existantes ou en développement joueront un rôle majeur. Le choix difficile de celles-ci et des scénarios de leur mise en œuvre doivent se faire en toute rigueur scientifique, en dehors de toute considération idéologique. C’est dans ce domaine que le groupe de travail commun consacrera l’essentiel de sa démarche.

Là où la Belgique peut progresser

Relevons en particulier deux problématiques majeures : la transition vers une énergie décarbonée et la société numérique. La transition énergétique est vraisemblablement le problème mondial le plus complexe à résoudre dans le délai restant disponible pour atteindre les objectifs fixés. Et au-delà de la complexité technologique, des besoins de financement, de la capacité d’implantation des technologies, rien ne pourra se concrétiser sans pouvoir compter sur l’adhésion des populations à des décisions difficiles. Celles-ci auront un impact majeur sur leurs modes de vie. Sans prise en compte des impacts sociétaux et culturels de ces politiques et sans un grand souci de justice sociale, de solidarité et des valeurs auxquelles les populations sont attachées, toute décision pourtant nécessaire sera inévitablement vouée à l’échec.

Le rôle des Académies, riches de la multidisciplinarité de leurs composantes qui vont au-delà des sciences exactes et de la technologie, sera d’autant plus important.

Dans ces deux problématiques majeures identifiées, la Belgique est loin d’être la meilleure élève au sein de l’Union européenne. Malgré sa taille modeste, la qualité et la quantité des compétences dont elle dispose doivent cependant lui permettre de se positionner parmi les pays de référence, dans ces domaines comme dans tous les autres. Nos deux Académies joignent leurs forces et se mettent à la disposition de notre société pour contribuer à la réalisation des objectifs fixés dans le cadre du Pacte vert européen (Green Deal). Mais elles n’y arriveront pas seules !

Fortes de leurs liens avec les secteurs scientifiques, culturels, économiques, industriels et politiques, elles lancent donc un appel solennel aux pouvoirs publics, à tous les acteurs de la société civile ainsi que tout particulièrement aux associations entrepreneuriales et industrielles de tous secteurs pour relever les défis en s’engageant résolument sur la route du développement durable, quelles qu’en soient les difficultés.

=> Ce tout premier document commun aux Académies a été publié simultanément ce 14 janvier en français et en néerlandais pour une diffusion nationale, ainsi qu’en anglais pour les instances européennes. Les versions originales intégrales de cet appel sont consultables ici