Un appel de S.A.S. le prince Albert II de Monaco, cosigné par un ensemble de personnalités (voir ci-dessous).

Le renouveau de la vie culturelle, à nouveau suspendue par l’épidémie, reste incertain. Les dommages ne s’arrêtent pas à la situation économique d’un secteur fragile parmi d’autres. C’est la vitalité et la résilience de nos esprits qui sont en jeu, au moment même où nous avons le plus besoin de lumière et d’évasion pour ne pas être submergés par le découragement.

L’attention se focalise naturellement sur la situation sanitaire qui reste inquiétante et sur le soutien à l’économie, mais regardons aussi au-delà des crises du présent pour préparer l’avenir.

La pandémie a secoué nos habitudes et nos certitudes et a mis les cerveaux en mouvement pour réfléchir à ce qui est vraiment important. Il ne faut pas étouffer cet élan, mais au contraire l’amplifier.

Une alliance de l’Art et de la Science

Il est temps d’opposer aux rebonds de l’épidémie un sursaut de l’enthousiasme. Outre l’économie, c’est la curiosité et la créativité qu’il faut relancer pour que nous sortions plus forts et que nous fassions face aux grands défis environnementaux et sociaux.

Cet élan pourra s’appuyer sur une alliance renouvelée des "deux forces directrices de la civilisation : l’Art et la Science", pour reprendre les propos du prince Albert Ier de Monaco au tournant du XXe siècle, lorsqu’il fonda l’Institut océanographique.

La science s’est retrouvée en première ligne dans la gestion de la crise, bousculée dans ses codes par la pression politique et sociétale. Elle accélérera sa mutation, pour éclairer la décision ainsi que pour mieux dialoguer avec le public.

Pourtant, la connaissance est inopérante sans enthousiasme. C’est pourquoi l’émerveillement est essentiel, à commencer par l’émerveillement devant le vivant. Un arbre, un oiseau, un insecte, une vague, ils ont tous une histoire à nous raconter, ils peuvent tous susciter l’émotion si nous savons les observer.

L’art est aussi un vecteur essentiel d’émotions. Par des expositions, des spectacles, nombre d’institutions contribuent à l’éveil des consciences en œuvrant au rapprochement de l’art et de la science autour des grands enjeux de notre temps.

Préservons une planète vivable et une société plus bienveillante

Nous tous, acteurs de la science et des arts, instituts de recherche, musées, lieux de spectacle… sommes mobilisés pour préparer la société aux défis environnementaux et sociaux.

Nous sommes convaincus tant de l’actualité de nos missions que de la nécessité de nous réinventer encore.

Fidèles à notre rôle social, nous sommes là pour libérer les esprits, faire ressentir et faire comprendre le monde, donner l’envie et la possibilité de construire une société plus bienveillante et respectueuse de toutes, de tous, des espèces et de la planète. Nous contribuerons à retisser le lien entre les humains comme entre les humains et les autres espèces, entre les humains et la nature !

Face au virus, le monde attend un vaccin comme la victoire de l’humanité sur un aléa naturel, le retour à ce que nous tenons pour "normal". Mais pour la crise environnementale et sociale qui grondait déjà "avant", il n’y aura ni vaccin ni baguette magique. Il nous faudra réussir une transformation profonde de la société, fruit d’un élan collectif qui mobilise toutes ses composantes, des individus aux États. Et pour cela, quel meilleur atout que l’intelligence collective et l’envie de construire ensemble l’avenir ?

Alors, trouvons les solutions pour relancer une vie culturelle adaptée qui nous évitera d’être étouffés par l’instant présent.

Pour déconfiner les esprits et relancer l’imagination, pour relever les défis planétaires et préparer un avenir plus vivable, nous répondons présent, car il n’y a pas de futur sans Nature, ni de futur sans Culture.

On cosigné cet appel:

Laurent Ballesta, Océanographe, Photographe naturaliste

− Marie-Claude Beaud, Directrice du Nouveau Musée National de Monaco

− Charles Berling, acteur, metteur en scène et directeur de la scène nationale Châteauvallon-Liberté

− Stéphane Bern, journaliste et écrivain

− Sandra Bessudo, Fondatrice et Directrice Exécutive de la Fondation Malpelo et autres écosystèmes

− Antje Boetius, Directrice de l’Alfred Wegener Institut

− Robert Calcagno, Directeur général de l’Institut océanographique

− Jean Chambaz, Président de Sorbonne Université

− Jean François Chougnet, Président du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem)

− Philippe Cury, Président du Conseil scientifique de l’Institut océanographique, Directeur de recherche à l’IRD

− Xavier Darcos, Chancelier de l’Institut de France, membre de l’Académie des sciences morales et politiques

− Bruno David, Président du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN)

− Olivier Dufourneaud, Directeur de la politique de l’océan de l’Institut océanographique.

− Jean-Louis Grinda, Directeur de l’Opéra de Monte-Carlo et des Chorégies d’Orange

− Peter Herzig, ancien Directeur de Geomar, Helmholtz Centre for Ocean Research

− François Houllier, Président-Directeur général de l’Ifremer

− Alexis Jenni, Écrivain, professeur de SVT

− Margaret Koli, United Nations University - Institute for Environment and Human Security

− Hélène Lafont-Couturier, Directrice du Musée des Confluences

− Ellen MacArthur, Présidente de la Fondation Ellen MacArthur

− Muriel Mayette, Directrice du Théâtre de Nice

− Erik Orsenna, Ecrivain et membre de l’Académie française

− Philippe Pasqua, Artiste

− Frederik Paulsen, Chef d’entreprise et explorateur

− Daniel Pauly, Biologiste, Professeur de l’Université de Colombie Britannique et Directeur du Projet Sea Aroud Us.

− Jacques Rougerie, Architecte, océanographe

− Vladimir Ryabinin, Secrétaire exécutif de la Commission océanographique intergouvernementale et Directeur Général adjoint de l'Unesco

− Enric Sala, Biologiste, Explorateur en résidence de National Geographic

− Shubha Sathyendranath, Chercheuse classe exceptionnelle au Plymouth