Et si les écoles et universités étaient fermées à cause du coronavirus ? L’enseignement à distance s’avère un recours possible pour une éducation en quarantaine.

Une opinion de Dominique Verpoorten, chargé de cours, Ifres, Uliège.

Il y a des années déjà, en des temps encore héroïques pour les technologies éducatives, un professeur d’université alité avait donné cours en direct de sa chambre d’hôpital. Le décor mis à part, les étudiants n’avaient pas vu grande différence. C’est dire si, aujourd’hui, alors que YouTube et d’autres applications démocratisent les systèmes de streaming en direct, la perspective d’une quarantaine généralisée ne devrait pas faire peur au système éducatif. Tous les horaires devraient être maintenus et les étudiants et professeurs présents, à partir de leur zone de confinement, de part et d’autre des écrans. Il se pourrait même, paradoxalement, que ces cours à distance s’avèrent plus interactifs que leurs équivalents en classe ou en auditoire, si les participants pouvaient recourir aux systèmes de bavardage (silencieux puisqu’écrits) associés aux retransmissions en live.

Enseignants curateurs

Même les enseignants malades pourraient trouver dans les ressources numériques matière à se faire remplacer. Pourquoi, en effet, ne pas profiter du coronavirus pour envoyer les étudiants, non vers le titulaire habituel du cours, mais vers un MOOC, un blog, un site, un exposé filmé, un tutoriel, une archive, une vidéo en ligne, une capsule de la Khan Academy, une ressource ouverte d’apprentissage (OER), un musée virtuel lié au domaine enseigné ?

Pourquoi faudrait-il que la matière soit toujours et tout le temps enseignée par l’enseignant en charge ? Celui-ci pourrait se faire "curateur", un mot qui fait référence aux organisateurs d’expositions, devenus un maillon clé de l’art contemporain. Le curateur est celui qui conçoit une exposition (artistique, scientifique, historique…) et en assure la réalisation. Pour ce faire, il inventorie, documente, évalue, valide, combine un certain nombre d’œuvres choisies sélectionnées. En des temps de quarantaine, l’enseignant empêché de donner cours pourrait, de la même manière, préparer à ses étudiants un parcours d’apprentissage, en autonomie ou en groupes, dans ces ressources numériques (ou non) disponibles.

Changer de question

Depuis 2011, on a beaucoup parlé des MOOC, ces 10 000 cours gratuits sur Internet, véritables mines d’or d’apprentissage sur tous les sujets imaginables. Face à la croissance de cette offre, la question, pour beaucoup d’établissements d’enseignement supérieur, a surtout été : "comment produire nos propres MOOC ?". Quoiqu’utile, cette question en a marginalisé une autre, tout aussi importante : "comment tirer parti, dans les cours existants, de la manne de ressources éducatives produites par d’autres ?". Derrière cette question se profile l’enjeu des "écologies d’apprentissage", une façon de repenser la tâche éducative non plus seulement à partir d’un cours mais d’un écheveau de soutiens possibles et différenciés à l’apprentissage, y compris ceux extérieurs à l’école. Bien entendu, toutes les ressources à prétention éducative offertes par l’Internet ne sont pas adoptables par le système scolaire. Certaines sont de mauvaise qualité ou dissimulent des visées commerciales, ce qui impose une certaine vigilance. Mais une confiance également parce qu’on ne sera jamais de trop pour faire progresser le plus grand nombre : le site d’un prof passionné qui explique très bien une notion pourrait vite se retrouver sur les réseaux sociaux des étudiants, surtout si un autre enseignant le recommande. Écoles fermées demain ? Les possibilités d’apprendre restent ouvertes, plus que jamais.